Mes églises

J’avais besoin de murmurer à l’écorce, de confier-déposer à la sève de mon hêtre, d’écouter ce que ce bout de forêt avait à me dire, à me montrer.

Une fois passée l’orée, un campement de scouts, vision improbable au milieu d’un si petit bout de forêt, envahissant chacun de ses recoins de leurs tentes, de leurs vêtements pendus aux branches, des ordres lancés-criés, on repassera pour la tranquillité…

Mais j’avais besoin de murmurer à l’écorce, de battre mon cœur au tronc, message en morse, demande codée, alors j’ai continué espérant que leur babil ne troublerait pas les ramifications de notre silencieux conciliabule, de notre tête à tronc.

Alors que je déposais tout mon corps contre lui, alors que je collais mon oreille pour l’entendre crépiter, alors que j’écoutais les mouvements de son houppier, un rap insipide et hurlant s’est mis à résonner, accompagné par les voix dissonantes de quelques scouts en pleine mue vocale.

J’ai lâché mon étreinte et fendu les ronces pour un coup de semonce, je me suis enracinée droit devant eux et sans respirer, je leur ai lâché :

« Où pensez-vous être ? Vous êtes dans une forêt, un refuge, un lieu de paix où la nature frémit, vit et chuchote. Vous y êtes sans respect. Vous devriez entrer dans la forêt comme on entre dans une église, avec le même silence, la même déférence.

Car quel que soit votre Dieu, il est ici plus que dans n’importe quelle église, il est dans chaque brin d’herbe et chaque souffle de vent, chaque murmure et chaque bruissement. Il est là, votre Dieu, frôlé par les branches tendues vers les cieux, parce que c’est son église, pas celle construite en pierre par les hommes cherchant rédemption pour leurs actes monstrueux. Non, ici, c’est sa construction, son édifice.

Ça vous viendrait à l’esprit de mettre du rap au milieu de la nef ? En pleine messe ? »

J’ai avalé ma salive, repris mon souffle. Ils m’ont opposé le silence de leur incrédulité tandis que je repartais sans savoir si mes mots auraient quelque écho.

5 réflexions au sujet de « Mes églises »

  1. Toi, c’est comme si tu parlais aux esprits de la forêt, tel que dans un film de Miazaki
    Eux n’appartiennent plus au même monde

    • Je ne sais qui tu es, toi, derrière ce pseudo intrigant… je ne sais pas non plus qui n’est pas de ce monde, eux ou moi… Souvent, en observant les humains autour de moi, je me dis que c’est peut-être bien moi qui ne suis pas d’ici…

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