Graines du présent

Nous étions en train de pique-niquer, profitant de la douceur d’un soleil encore intimidé, pas totalement sûr de la place qu’il avait le droit d’occuper.

Nous nous étions installés près d’un « nid de gendarmes », passion d’enfant jamais démentie, nous les regardions grimper le long du tronc tout en mâchonnant des sandwiches préparés à la va-vite parce que l’idée de ce déjeuner en plein air nous était venue comme une envie de pisser. Une subite envie de profiter, une urgence à absorber du temps de qualité et de la vitamine D avant que l’alternance ne vienne nous séparer.

Il y avait des primevères et des crocus, un corbeau sans son renard, et mille questions posées, de ces questions que seuls les enfants savent poser, avec cet air grave et inspiré, cette innocence encore préservée et cette si touchante spontanéité :

Combien d’arbres dans cette forêt ? Combien de brins d’herbe dans cette clairière ?
Quel âge a ce hêtre ? L’herbe a-t-elle mal quand elle est écrasée ?

Une fleur coupée est-elle une fleur tuée ?

C’est de cette dernière question qu’est venue son idée. C’est cette dernière question qui l’a plongé dans une longue et silencieuse réflexion. Et puis il a relevé la tête de ses pieds, a plongé le bleu de ses yeux dans le vert des miens et s’est exclamé avec un air révolté :  » Je ne comprends pas qu’on offre des bouquets de fleurs, ce serait quand même plus beau et intelligent d’offrir des graines ! »

Puis il a argumenté que les graines donneraient bien plus de fleurs, et des fleurs vivantes, bien plus longtemps, qu’elles se ressèmeraient encore et encore, à tout jamais.

J’ai trouvé l’idée d’une poésie si délicate, d’une symbolique si forte, une philosophie naturaliste du quotidien, que je me suis promis de l’aider à la semer.

Alors, si toutefois un jour vous m’invitez, ne soyez pas surpris si pour tout bouquet de fleurs, je vous porte plus modestement quelques graines.

Il faut parfois un philosophe de huit ans pour nous montrer où se cache le vrai présent.

Une réflexion au sujet de « Graines du présent »

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