Fin janvier

J’aime le soleil de fin de journée.

Le soleil de fin janvier, au moment où il est prêt à décliner.

La nature qui lutte pour se réveiller.

J’ai profité de ce soleil de fin de journée,

J’ai absorbé la forêt, son contenu, son contenant.

J’ai fureté, j’ai flâné, j’ai musardé. 

Et puis je suis rentrée, les joues rosies, le nez glacé.

Je suis rentrée, à l’heure où le ciel rougeoie comme le sang,

Les doigts en proie au fourmillement de la chaleur retrouvée.

J’ai profité d’un instant, calme, sans bouger.

J’ai allumé des bougies, des lampes, de l’indirect, du non violent,

Pour conserver la luminosité chaude de la forêt dans le soleil de fin janvier. 

« Mets-nous un peu de soleil, Minouche », ai-je prononcé,

Réveillant la mémoire de ma grand-mère qui enjoignait son mari d’allumer dedans ce qui disparaissait dehors,

Je me suis assise sur le canapé, Joep Beving en fond sonore. 

J’aime le soleil des fins de journées de janvier.

Un soleil trompeur dont la couleur mime la chaleur.

J’aime le soleil des fins de journées de janvier. 

Il porte la promesse de toutes les futures douceurs.  

Prix de la Nouvelle Érotique 2022

Dans la nuit du 18 au 19 décembre, j’ai participé pour la troisième année consécutive au Prix de la Nouvelle Érotique, organisé par les Avocats du Diable. Pour mémoire, ce prix se déroule lors d’une nuit : un contexte et un mot final reçus juste avant minuit et jusqu’à huit heures le lendemain pour (tenter de) rendre copie (une nouvelle érotique inédite, de vingt mille mots max, pas de minimum requis). 

Une nuit excitante à plus d’un titre, une nuit épuisante sur laquelle tu peux, lecteur libidineux, retrouver de plus amples informations ici, ou encore et enfin ici aussi.

J’ai découvert qu’aucune ne se ressemble vraiment. La première n’était que curiosité et exaltation, point de trac, la naïveté d’une première fois où l’on ignore à peu près tout de la sauce à laquelle on sera avalée, le contentement d’être sélectionnée suffisait à mon bonheur sans plus d’attente que celle de relever le défi. 

La seconde, le stress était là toute la journée : je savais tout du déroulé, de la difficulté, de l’indispensable temps à maîtriser, de la gestion de l’effort quasi marathonien, du coup de barre qui frappe aux alentours de trois heures du matin.

Et pour cette troisième participation, ni stress ni véritable excitation. La joie de retrouver près de trois cents participants, dont certains avec qui j’avais tissé des liens, mais pour le reste, mon organisation personnelle étant bien plus complexe, mon esprit pris par d’autres chats, je n’ai pas eu le loisir de sentir la pression monter et si à l’inscription la motivation était là et bien là, le jour J, ce n’était pas ça… du tout… du tout. 

J’avais donc pris la décision d’attendre jusqu’à réception de la consigne et du mot final et, la journée qui s’annonçait le lendemain étant aussi chargée que celle qui se terminait, d’aller me coucher sans plus de regret si l’inspiration ne venait pas (je pouvais espérer, au mieux, une heure de sommeil si toutefois je rendais copie avant six heures). 

Et puis un ange gardien a soufflé à mon oreille à plusieurs reprises au fil des heures précédentes, suffisamment doucement et fermement pour me remettre dans le droit chemin, me rappeler comme j’aimais ce défi annuel et que c’eut été couillon de m’en laisser dévier par quelque contrariété. 

Le mail est tombé à 23H59, thème : « Avis de pas sage », mot final : « bâton ». Pour les deux premières participations, je m’étais préparée à ma nuit : temps de calme, repos, marche, bain chaud. Là, je n’ai pas eu une minute à moi, pas un espace libre pour poser mon esprit, me reposer, me détendre ou me défouler, alors j’ai tout fermé. Une bulle hermétique. Je n’ai pas flâné sur la page Facebook dédiée hormis pour souhaiter à tous une belle nuit de concours ; je n’ai pas mis de musique, excepté en tout début de nuitée pour me centrer quelques minutes en écoutant, deux fois, « Una Furtiva Lagrima » qui semblait appropriée à mon humeur ; pas ouvert mon téléphone, sauf pour mon ange gardien qui patientait solidairement pour me lancer ses encouragements sur la ligne de départ.

Et, étonnamment, ça a coulé plus aisément que je ne l’aurais pensé. J’ai mieux maîtrisé le temps et le dosage de caféine (l’année passée, le lendemain je vibrais comme un téléphone tout le dimanche et je crois même avoir pissé du café), j’ai mieux géré les pauses et le fameux coup de barre de trois heures du matin (celui qui te donne envie d’abandonner juste parce que dormir te paraît tellement plus nécessaire que ce que tu es, pauvre folle, en train de faire). 

J’ai achevé ma nuit aux alentours de 5h00 du matin, renvoyé mon écrit à 5h30 avec du doute plein la tête (j’ai découvert d’ailleurs cette fois que s’il te reste du temps, vient ce doute avant l’envoi : « Ne devrais-je pas continuer ? Reprendre ? Refaire ? Utiliser TOUT le temps imparti ? » alors que quand tu l’envoies sur le fil de l’aiguille, tu es juste soulagée que ton mail soit parti vers le bon destinataire), j’ai mille fois remercié l’ange gardien de m’avoir botté le cul et empêchée de laisser tomber pour cette année.

Un peu honteusement, j’ai filé sous la couette sans attendre ceux qui n’avaient pas encore fini pour tenter de dormir un tout petit peu avant que ne sonne le réveil (non sans les avoir salués et encouragés). 

J’ai somnolé une heure avec ce bonheur si particulier d’avoir gagné une bataille sur moi-même, d’avoir grandi en relevant ce défi malgré tout ce qui penchait, tout ce qui vacillait. Et ça, c’est le point commun de ces trois participations : c’est avant tout un défi de soi à soi.

De L’Hêtre pour l’être

Je lance un projet. Un projet un peu fou et ambitieux, un projet mûrement réfléchi depuis le premier confinement (note, lecteur déconfiné, comme les confinements datent à présent nos événements). 

Je lance un projet un peu fou et ambitieux, donc, une maison d’éditions associative mais pas seulement. Une association de promotion de la littérature et de l’art sous toutes ses coutures. Une association qui proposera des ateliers d’écriture, des stages, des conférences, des concerts, des expositions.

J’ai toute conscience que ce ne serait pas facile, personne n’a dit que ce serait facile. 

Je sais. 

Je sais que des soutiens insoupçonnés viendront, je sais que des portes que j’aurais imaginées ouvertes se claqueront. Je sais que de nouveaux « amis » se déclareront, mus par l’ineffable attraction de l’intérêt tout personnel. 

Je sais. 

Je sais que j’aurai des déceptions cruelles et des peines plein les veines, je sais que ce sera un prisme révélant des anguilles sous les roches. Je sais. Mais j’y vais. 

J’y vais, justement parce que je sais. 

Je sais aussi qu’il y aura des soleils dans les orages, des bonheurs en pagaille, de la foi renouvelée en l’humain, du partage, de l’aventure, de l’émulsion, de la nourriture pour le corps et pour l’esprit. 

Je sais, alors j’y vais. 

Très vite, lecteur curieux, je te présenterai le site et les premiers événements, tu peux d’ores et déjà « j’aimer » la page FB des Éditions de l’Hêtre, une maison qui aime sincèrement les lettres et l’être et pour ce qui est de l’hêtre, si tu me connais, TU sais…

C’est le Printemps… des poètes

Printemps des poètes

Durant l’hiver, j’ai semé des graines au milieu des champs ravagés.

Comme tout jardinier (non, lecteur militant pour l’équité, ne t’attends pas à ce que j’écrive « jardinière », ça sonne trop pot de fleurs dans mon imaginaire), j’avais toute conscience qu’il faudrait longuement patienter pour voir si quelque chose pousserait.

Pour autant, je guettais l’arrivée de ce mois de mars avec autant d’espoir impatient qu’un naufragé guette l’envoi d’une bouée, sachant qu’à tout le moins, un peu de culture viendrait à nouveau réveiller mon cerveau affamé.

De juteuses et nourrissantes dates démarrent donc leur floraison en ce mois de mars pas (encore) confiné.

Tout d’abord le 23ème Printemps des Poètes auquel je participe activement pour la première fois. Petit résumé de ce que je n’ai guère pris le temps de raconter ici : j’ai été conviée à proposer un poème sur le Désir (thème de cette année) au concours d’Annecy 2021, expérience littéraire inédite pour moi mais j’ai accepté de relever le défi.

Les premiers résultats sont tombés : j’ai été en primo sélection des 50 (sur les 223 participants) mais, pour autant, mon poème a été jugé « trop charnel » pour être publié (la sélection suivante des 30). L’aventure s’arrête donc là pour moi soudainement auréolée de subversivité (ce qui m’amuse, la pensée d’avoir un peu secoué certains membres du jury compensant la déception).

J’ai également été sollicitée pour participer avec un autre poème à une exposition dans les 10 médiathèques de la ville d’Annecy, toujours dans le cadre du Printemps des Poètes, alliant poèmes sur le Désir et illustrations photographiques.

La situation sanitaire n’a malheureusement pas permis de maintenir le vernissage (on s’y attendait).

Chaque médiathèque expose une partie des panneaux mais l’intégralité des panneaux poèmes et photos se trouve à la médiathèque de Bonlieu. Pour celles et ceux qui peuvent et veulent se rendre sur place, vous avez jusqu’au 26 mars pour visiter l’exposition (ce qui peut être une jolie occasion de se faire une sortie culturelle en ces temps où les possibilités sont aussi rares qu’un cheveu sur la tête à Mathieu)

Pour celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent s’y rendre, vous pouvez découvrir les poèmes sélectionnés et les photographies réalisées par des photographes régionaux pour illustrer chacun d’entre eux en ligne, sans quitter votre confortable fauteuil : https://brenasjg.wixsite.com/annecy21/copie-de-beaute (je vous laisse le soin de me chercher)

Enfin, un recueil regroupant tous les poèmes exposés + les différents poèmes des concours sera publié par la Ville d’Annecy au mois de juin où une cérémonie de remises des prix aura lieu.

Et pour terminer le point « évolution des plantations hivernales », comme tu le sais lecteur fidèle (enfin si tu l’es), j’ai participé pour la seconde année consécutive au Prix de la Nouvelle Érotique au mois de décembre et le jury nous a récemment indiqué que les résultats de la primo sélection devraient nous parvenir en avril (où, pour le coup, on se découvrira de plus d’un fil).

La conscience du putois

Dites-moi que c’est une blague cette histoire de putois, dites-moi que la censure n’en est pas arrivée là. 

Des semaines, des mois déjà qu’à lire les actualités littéraires et artistiques, j’en viens à penser qu’écrire, créer, devient plus malaisé que de marcher sur un fil mal tendu entre deux gratte-ciel.

On réclame de supprimer des ouvrages (Niala Jean-Christophe Deveney et Christian Rossi), on modifie des titres, on porte plainte contre des auteurs et des autrices, et aujourd’hui, cerise sur le pudding de la censure, on « supprime » Pépé le Putois pour cause de « culture du viol ». Pépé le Putois ? Sérieusement ? Un putois, avec ses mœurs de putois, en dessin animé comique ? Pépé le Putois qui, de toute manière n’arrive jamais à ses fins, est ridiculisé à chaque épisode ? Pépé le Putois qui me faisait hurler de rire enfant ? Ça, c’est de la culture du viol  ? 

Ce n’est pas tant cette actualité qui pourrait presque être anecdotique que le fait qu’elle vient cristalliser chez moi cette impression de funambulisme pour les auteurs/créateurs. Je suis persuadée que l’on écrit bien que si l’on écrit avec son ventre, avec ses tripes, en y mêlant le moins possible le cerveau, organe d’auto-censure naturelle qui nous souffle constamment des freins, des doutes, des pudeurs et des peurs. 

Et là, en plus de cette auto-censure dont on peine parfois à se débarrasser, il faudrait penser à chaque écrit à qui l’on pourrait offenser et comment l’éviter ? C’est un des biais dont je m’inquiétais déjà dans « Les fleurs roses du papier peint », un des problèmes qui avaient entraîné la disparition des livres : les auteurs avaient renoncé faute de liberté de créer.

(…) Ça devenait de plus en plus difficile d’écrire. La frontière entre la fiction a lentement disparu, tout récit provoquait des réactions pour un mot de travers, pour une histoire trop ou pas assez égalitaire. Tout était étudié, inspecté, les histoires devenaient si encadrées pour ne vexer personne, pour respecter la morale, [que les écrivains, NDLR] ont fini par renoncer. Tu sais, Millie chérie, l’imagination, ça s’aère, ça a besoin d’air et de liberté pour bien fonctionner. Un écrivain n’écrit bien que s’il se sent vraiment libre de tout aborder (…)

Ça prend de plus en plus d’ampleur.

Ne vous trompez pas, je suis profondément féministe, je me suis battue et me bats encore à titre personnel et collectif mais on ne peut pas, à mon sens, tout balancer dans un grand sac sans nuance et réflexion, ni y mêler à ce point la création.

Je viens de terminer « Sexus » d’Henry Miller, magnifique ouvrage certes érotique, voire pornographique, mais d’une philosophie profonde qui amène à bien des égards de longues réflexions, qui nécessite des pauses pour encaisser, s’imprégner, penser. Il serait impensable que ce livre (que l’on ne trouve que d’occasion, d’ailleurs) et la trilogie complète qu’il démarre, paraisse aujourd’hui sans générer des cris d’orfraie de toutes parts. Et pourtant, c’est l’un des ouvrages les plus exaltants intellectuellement que j’ai lus. 

Kafka disait « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? », à force de désinfecter les œuvres, nous finirons par ne plus jamais recevoir de coup de poing sur le crâne, par ne plus jamais lire ce qui dérange, questionne, crée de l’émotion. 

Laissons les auteurs écrire avec leur ventre, avec leurs tripes, c’est dans la matrice que se trouve notre créativité, nulle part ailleurs et posons-nous la question que Sade posait à ses lecteurs : « Si les pinceaux dont je me suis servi pour te peindre le crime, t’affligent et te font gémir, ton amendement n’est pas loin, et j’ai produit sur toi l’effet que je voulais. Mais si leur vérité te dépite, s’ils te font maudire leur auteur… malheureux, tu t’es reconnu, tu ne te corrigeras jamais ». 

Vendeurs de papier

Lorsque l’on aime les livres, la lecture et tout ce qui touche à la littérature et à l’écrit, flâner dans une librairie est un plaisir aussi nourrissant que celui de visiter un musée.

Lorsque je travaillais à Paris, il ne se passait pas une semaine sans que je rende visite à celui que je considérais comme MON libraire, mon conseiller, mon dealer et je le quittais riche de nos échanges et pauvre du porte-monnaie (je t’en ai parlé dans cet article ci, c’est par pile que j’achète mes livres).

Dès la seconde visite, se souvenant parfaitement de ce que je lui avais pris la fois précédente, il avait été en mesure de me fourrer dans les bras (en haut de la pile, donc) tel roman qui devrait forcément me plaire ; tel autre pour lequel il ne savait pas mais ayant lui-même adoré, il fallait absolument que j’y jette un oeil ; ou encore cet autre, parce que l’auteur/autrice n’était pas, à son goût, reconnu(e) à sa juste valeur et qu’il se faisait un devoir de réparer cette erreur.

Il attendait toujours mon retour chargé de mes retours sur ce qu’il m’avait fait découvrir et c’est avec le sourire satisfait de celui qui vient de gagner un pari qu’il m’écoutait le remercier pour ces merveilles.

Or, depuis que j’ai quitté Paris (« Paris tu paries que je te quitte ? »), dans mon petit village en haut d’une colline perdue entre deux chaînes de montagnes, les librairies alentours sont assez rares et plus rares encore sont celles que je peux atteindre en vélo.

Aujourd’hui, bravant l’ère glacière (et ayant pris soin d’ajouter une polaire sous mon manteau), j’ai dévalé la colline à vélo (mon secret jeunesse, ça vous congèle la ride avant ses prémisses) pour offrir à mon cerveau en manque un peu de cette nourriture intellectuelle galvanisante et remotivante qui fait cruellement défaut (avoue que les occasions se font rares en ces temps et je commence à tourner à l’envers à force d’échanger avec mon chat et mes plantes vertes, mais ça, ça sera l’objet d’un autre billet).

L’opération « remontage de moral des chaussettes » fut un cuisant échec.

Lorsque l’on aime les livres, la lecture et tout ce qui touche à l’écrit, entrer dans une échoppe où ni les « coups de coeur du libraire » apposés sur les livres, ni les conseils prodigués, ni les échanges existent (à peine un bonjour du bout du masque) ; entrer dans une boutique où les vendeuses n’ont lu aucun des ouvrages à leur disposition (j’ai posé des questions, demandé des idées, des recommandations) est d’une absolue tristesse.

Le lieu est agréable, les livres y sont nombreux, bien installés, bien disposés, mais il pourrait s’agir là de chaussettes comme de n’importe quel autre produit de consommation. Ce qui différencie le libraire du vendeur de livres, du vendeur de papier c’est, comme pour tout métier où le partage et la connaissance sont les clés, l’amour de ce que l’on y offre, la passion de ce que l’on fait.

Ça donne envie de racheter la librairie, d’avoir les moyens de le faire et de la racheter, d’y mettre tout ce qu’il y manque, d’y mettre la passion et le coeur.

Alors, quoi que tu fasses, lecteur suspendu à cette période suspendue, mets-y ton coeur, surtout en ce moment où les petits riens transforment les chaussettes trop basses en couverture pleine de chaleur. 

La plume en l’air

Il y a quelques jours, je m’agaçais sur les réseaux sociaux. J’y poussais un coup de gueule (ce qui est plutôt rare de ma part) et pensais qu’il serait assez succinct si bien que je le posais là et non ici où, généralement, je prends le temps de développer un peu plus ce qui me fait ratiociner.

Pour autant, m’apercevant à la fois que, décidément je ne saurai jamais me contenter de faire court quand je suis emportée et que ce texte a eu une sacrée portée, je le remets ici parce que, comme tu le sais, je ne suis pas une Face-Fille-facile et que, conséquemment, il n’est accessible que dans l’entre-soi de mon cercle de contacts (même si, pour une fois, j’ai quelque peu élargi la confidentialité de la publication sus-citée).

Je le remets donc ici puisque je l’avais omis, en le développant un peu plus avant (tout petit peu plus) parce que je ne suis pas loin d’être persuadée que c’est une problématique sur laquelle il est nécessaire de se pencher (sans chuter) :

On peine sérieusement à vivre de sa plume, on fait de l’alimentaire à côté parce que ça ne paie pas les croquettes d’Huxley (d’autant que le lapin les lui descend aussi sûrement que l’on descend aux enfers), on se fait une raison parce que l’on sait que très rares sont ceux qui parviennent à en vivre et on s’acquitte du reste avec entrain et coeur parce que, quand on met du coeur, ça rend les choses plus légères.

Parallèlement, on trouve des idées pour tout de même allier passion et remplissage du frigo (et du bol du lapin-chat), on se torture le ciboulot, on devient créateur au lieu de râler. Et, du coin de l’oeil, on guette les opportunités, les demandes de rédaction, les appels à textes, on garde la plume en l’air, prête à être dégainée.

Or, de plus en plus de webzines et autres éditions en ligne (et même certaines faites de ce bon vieux et odorant papier) proposent des appels à textes en mode concours avec pour seule récompense à la clé la « gloire » de voir son petit texte publié, champagne les gars. Du contenu gratuit, des textes à moindre frais.

Hier soir, encore mieux, je tombe sur cet appel à « poèmes » où il est demandé des textes courts qui seront apposés sur des montres commercialisées avec, pour tout salaire du travail que la marque estime mériter, une invitation à l’événement de lancement de ladite collection de montres (j’ai posé des questions pour bien m’en assurer).

Malin, non ? Pas besoin de payer du droit d’auteur, pas de cession des droits de propriété intellectuelle, rien, du gratis, de l’économie de créativité, bien joué ! Je présume que celui qui a dessiné le modèle, lui, ne sera pas juste invité à boire une coupette (je suppute également qu’ils n’ont pas fait d’appel à champagne en promettant au vigneron qu’il aurait la chance d’être de la fête s’il fournissait des bulles à toute l’assistance)…

Les auteurs sont pour la plupart en précarité et notamment parce que l’on estime que le travail d’écriture ne mérite pas de rémunération autre que celle de cette petite gloire éphémère, cette substantielle nourriture égotique et ça fonctionne très bien parce qu’il y a mille personnes en mal de reconnaissance pour accepter ces conditions qui plombent encore plus un métier déjà affreusement et de plus en plus mal rémunéré. Même les poètes maudits parvenaient à assurer un minimum leur pitance en vendant quelques textes, de ci de là, à des journaux, aujourd’hui ce n’est plus le cas, ça n’existe même pas.

De même, alors que je monte des ateliers littéraires et peine à trouver un lieu, les seuls ayant jusqu’alors répondu positivement l’ont fait sous la condition impérieuse que j’offre mes services à titre gracieux, de l’animation bénévole pour des communes en mal de culture et d’idées.

En acceptant ce type de conditions, en répondant à ces appels, on fait partie du problème, on l’entretient et on dit haut et fort que oui, le travail d’écriture c’est juste un putain de hobby.

Je ne blâme pas la marque et c’est pourquoi je ne la citerai pas. Je ne la blâme pas car, au fond, elle n’est pas à blâmer. Pourquoi aligneraient-ils une part de leur budget pour des poèmes quand il leur suffit de lancer un tel appel pour en avoir à profusion, gratis ? Franchement, si on propose du pain gratuitement, peut-on en vouloir à celui qui en veut de ne pas se rendre chez celui qui en vend contre un vrai paiement, fut-il mérité ? Non, le noeud gordien vient de celui à qui suffit quelques flagorneries.

Voilà, je suis juste en colère.

Ce problème, je le sais, existe pour d’autres métiers artistiques (photo, musique), et nombreux sont ceux qui, en commentaires, ont fait écho à ma colère. Alors réfléchissez bien à chaque fois que vous participez à ces appels… les lancez ou les relayez…

Il ne faudra pas s’étonner le jour où le métier d’auteur/écrivain/romancier aura cessé d’exister.