Rêve éveillé

Je me suis levée tôt malgré le dimanche et son invite à se prélasser.

Je me suis levée dès potron-minet, un peu speed, un peu agitée, parce que le sommeil m’avait laissée contre mon gré, contre ma fatigue et mon envie de traîner.

J’ai enchaîné les menues actions sans même y penser, dans la nuit qui s’attardait,

Je me suis levée tôt malgré le dimanche et son invite à flemmarder. Je me suis débattue et j’ai ouvert les volets pour prendre mon café, sans même y songer.

Et c’est là que j’ai entendu le silence. Un silence aussi rare qu’épais.

Un silence qui m’a stoppée, posée, assise, calmée, un silence qui a marqué un coup d’arrêt dans ma tornade d’activités.

Même le vent, délirant la veille et toute la nuit durant, était muselé ; même les merles matinaux étaient en proie à l’oisiveté.

Un silence si rare et épais que, par manque d’habitude, mes oreilles se sont bouchées.

Alors j’ai voulu goûter ce silence, j’ai voulu y plonger, j’ai voulu m’y fondre, y pénétrer, y plonger, comme un curiste plonge dans une eau chaude, tête d’espoirs de guérisons en premier.

Je me suis enroulée dans ma chaude couverture en alpaga, j’ai ouvert la baie vitrée, zafu sous le bras. Je me suis assise sur la terrasse verglacée, sous les drapeaux népalais, à leur exacte jonction avec la fleur à vent. J’ai fermé les yeux et cessé tout mouvement.

Noyée volontaire dans la mer du silence, j’ai laissé le froid mordre mon visage en toute inconscience.

Statue glacée dans une antre de douces pensées, j’ai savouré mon intimité avec le ciel encore étoilé et j’ai chargé dans mon corps, dans mon cœur et mon âme, toute l’immensité de la nature intacte et calme.

Je me suis levée tôt malgré le dimanche et son invite à flâner.

Je me suis levée tôt malgré le dimanche et les corps sous les draps, les êtres ensommeillés encore si occupés à rêver…

Et dans le silence aussi rare qu’épais, moi, j’ai rêvé éveillée.

Formuler les possibles

Je n’ai jamais eu un goût prononcé pour les fêtes de fin d’année. Encore moins d’attrait pour le Nouvel An et ses sempiternels souhaits.

Je m’en suis souvent expliquée, justifiée ici, ça ne va pas avec mon calendrier mental, une nuit qui succède à une autre, un jour à un autre, rien qui saurait bouleverser le cours de la vie et des choses, suspendre les ennuis ou offrir une pause.

Pour autant, je me suis toujours pliée à répondre aux souhaits et même à souhaiter à ceux pour qui cela a de l’importance, parce que je sais que ça les rassure, ça les réchauffe même, et puis il y a la politesse qui implique d’envoyer ses voeux à ses clients, d’y répondre si ce sont eux qui ont « tiré les premiers ». Et puis, enfin, il y a des souhaits d’une telle poésie, qui me touchent si profondément malgré mes a priori, que je ne peux entièrement balayer la tradition.

Mais cette année…

Depuis quelques jours je réfléchis à ce que l’on va bien pouvoir se souhaiter, quelle formule adopter, le galvanisé « Bonne Année » ne semblant pas franchement approprié, voire frôlant l’ironie, nous ne sommes pas totalement ahuris, on sait bien qu’en une nuit, là encore, rien ne va changer, et l’année écoulée va forcément contaminer une bonne partie de la prochaine. « Bonne Santé », mon cul.

Et pourtant il faut bien y croire, il faut bien s’accrocher un peu et y croire si l’on veut continuer de se lever, continuer de créer, continuer d’aimer, d’avancer et si l’on veut participer à ce que ce ne soit pas totalement foiré. « Par mes pensées, je crée le monde dans lequel je vis ».

Il faudrait donc trouver une formule, un néologisme, une parabole, quelque chose de gai et joli, sans être niais, sans que ça renifle la coquecigrue ou le Dahu, sans que ça sente le sapin ou le désespoir (« Bonne chance » a des relents « les gars, accrochez-vous » et conséquemment d' »on est foutu » et je n’en suis absolument pas convaincue), non, une phrase unique et lumineuse, qui ouvrirait des possibles alors que je viens de refermer, conquise, celle qui les soustrait ( « La soustraction des possibles »).

Voilà… Tout ça pour te dire, lecteur-réveillonnant, que je ne sais quoi te souhaiter, alors n’en prends pas ombrage si je ne réponds pas immédiatement ou si je ne tire pas la première, c’est seulement que je cherche la formule pour te ravir et te permettre, tout comme à moi, de t’offrir des voeux qui viennent du coeur, pas d’un esprit formaté à les prononcer.

MAJ le 01/01/2021 : j’ai trouvé : ce sera « Bonne chancée », doux mélange de Bonne Année et Bonne Chance

Nuit de l’écriture érotique 2

Durant la nuit du 19 au 20 décembre, nuit de l’orgasme, j’ai participé pour la seconde fois à cette aussi difficile que merveilleuse expérience de la nuit de l’écriture dans le cadre du Prix de la Nouvelle Érotique organisé par les Avocats du Diable.

Dépucelée l’an passé à la fois pour ce concours et pour ce genre littéraire, j’ai pris soin de me reposer, de préserver ma santé (pour ma première participation, j’avais eu la grippe la plus violente de ma vie), de ritualiser ma journée pour être centrée-concentrée. Marche, forêt, PPP, bain, ont rythmé les longues heures jusqu’à la soirée.

Comme lors de ma première participation, le plus dur (sans jeu de mots), le plus long (sans jeu de mots) aura été l’attente, tenir jusqu’à près de minuit pour recevoir les instructions en conservant éveil et motivation.

Nous étions moins nombreux sur la ligne de départ (218), moins nombreux encore à avoir tenu tout le long et à rendre copie avant que 08H00 sonnent (163) et que le stylo se transforme en poireau (toujours sans jeu de mots).

Comme lors de ma première participation, j’ai pris un plaisir intense (sans allusions), j’ai savouré ma chance d’être soutenue par tant de belles personnes (messages, souffle à l’oreille, appels), d’échanger tout au long de cette nuit avec les autres participants bienveillants (égo de côté, esprit de compétition remisé dans le placard à balai, éros à nos côtés), j’ai bu bien trop de café et n’ai pas pu dormir durant 24H00 une fois la nuit terminée.

J’avais toute ma tête, elle n’était pas embuée par la fièvre cette fois mais, justement, sans doute était-elle TROP là. J’ai réfléchi, bien trop, bien trop longtemps, mon plus gros défaut qui fait de moi tout sauf le bélier que je suis sensée être et j’ai donc dû entamer une course contre la montre et contre moi-même vers les 3H30 du matin avec un sérieux coup de rein collier vers 6H00 du matin.

J’ai failli renoncer plusieurs fois mais j’ai gardé à l’esprit que l’essentiel était de terminer et d’envoyer quelque chose d’à tout le moins correct et terminé avant la fin. Défi relevé à un cheveu du gong, mais relevé. Satisfaction de l’avoir fait.

Peu m’importe les résultats, je crois encore moins que la dernière fois à une possible sélection (tu me diras, l’an dernier, j’ai finalement été finaliste mais…), cette expérience m’a à nouveau énormément appris, je sais là où je vais, je sais mes faiblesses, rien de mieux qu’une telle écriture sous contrainte et sans sommeil pour mettre le doigt (toujours sans jeu de mots) sur les points qui manquent aux i.

Passage à niveau

Il y a des gens qui vous donnent de la valeur quand vous pensiez ne pas en avoir. Il y a des personnes dont la délicatesse particulière, les mots ou les gestes, vous rendent visible et précieux. 

C’était une période particulière de ma vie, une période où la douceur et la gentillesse n’en faisaient plus partie. J’avais fait l’aller-retour à Paris pour présenter mon livre au milieu de ce que je considérais être comme de Vrais Auteurs, de Grands Écrivains. J’étais partie pour 24h, laissant derrière moi reproches et peurs pour partager une soirée avec de Grands Auteurs. 

Je me souviens de son accueil chaleureux alors que j’arrivais comme un imposteur au milieu de ce dîner haut en couleurs, je me sentais aussi peu légitime et à ma place qu’une girafe s’élançant sur la glace.

Je me souviens de son verre de vin, oui, le sien, qu’il m’a donné devinant que j’en avais bien plus besoin, je me souviens de sa manière de se saisir du micro et de me le tenir pour que l’on ne voie pas que je tremblais bien trop.

Je me souviens de chacun de ses mots, de ses conseils avisés et amusés : « ne te laisse jamais prendre en photo en train de boire ou manger », je me souviens de la douceur de son regard tandis que je lisais mon extrait, de son sourire m’encourageant à ne pas m’arrêter.

Je me souviens que la première question sur mon roman, c’est lui qui l’a posée comme pour s’assurer que je ne resterai pas en rade de réponses, comme pour ouvrir mon carnet de bal et en pousser d’autres à s’y inscrire. 

Il y a des gens qui vous donnent de la valeur parce qu’ils vous portent par le cœur, parce qu’ils vous soutiennent par la douceur, des personnes tout juste rencontrées et qui font plus pour votre vie en une soirée, une nuit que ceux avec qui vous la partagez.

Il est curieux de constater que ces personnes recroisent souvent votre route lorsque vous êtes à nouveau devant le passage à niveau du doute, à observer les trains passer sans embarquer. Il a suffi aujourd’hui d’un clin d’œil, sans doute anodin de sa part, pour que tout me revienne précisément en mémoire. Un clin d’œil pour me souvenir de ma valeur. Et sans doute, comme d’autres qui m’ont portée, même brièvement, sans rien savoir de cette étrange année, ces précieux passagers n’ont pas la moindre idée, ne savent pas, tout ce que je leur dois…

Il y a des êtres faits de douceur et de délicatesse qui vous donnent de la valeur, parce qu’ils vous portent par le cœur et vous remettent à niveau au passage des trains.  

Je choisis la joie

Laissez-moi dans ma bulle, je choisis la joie.

Vos articles et vidéos, ne mes les envoyez pas, je choisis la joie.

Ne me parlez pas de tout ce qui ne va pas, je choisis ce qui va et la joie.

Épargnez-moi vos théories sur ce qu’il adviendra, je choisis aujourd’hui et la joie.

Gardez-moi loin des polémiques, je choisis la compréhension et la joie.

Ne cherchez pas à m’abreuver de noirceur, je choisis la douce lumière du bonheur.

N’imaginez pas que je ne sais parce que j’ai choisi la joie.

Je sais… mais ma résistance se loge dans ma joie et dans mon coeur.

Ne me poussez pas, par votre insistance, à crier « tais-toi », je ne le veux pas.

Je préfère encore être seule, en tête à tête, à deviser avec ma joie.

Nous avons tant à faire, à distribuer, ma joie et moi.

Ne supposez pas que je ne me bats pas.

Je me bats, discrètement, différemment et avec ma joie.

Je cherche, je soutiens, j’invente et j’enveloppe le tout avec ma joie.

Alors laissez-la, qu’elle vous plaise ou pas, cette joie.

Car envers et contre tout, envers et contre ce monde-là, envers et contre toi, je choisis la joie.

Et, si toutefois vous la convoitez, sachez que je la partage volontiers avec qui veut l’aimer, ma joie

L’espoir mutant

Je suis l’heureuse propriétaire d’une plante qui n’existe pas.

Kalenchoë mutée

Pour être précise, je suis l’heureuse propriétaire d’une plante qui n’existe pas telle qu’elle est là, chez moi.

Je suis l’heureuse propriétaire d’une Kalenchoë, plante grasse à ne pas trop arroser, qui m’a été offerte dans sa forme originelle et fleurie, lançant ses tiges dans une parfaite verticalité, ponctuant d’un rose charmant le vert brillant de son feuillage luisant.

Cette petite plante a cessé, un jour, de fleurir. Cette plante a menacé de se déraciner violemment sans qu’aucun soin, aucun traitement ne semble suffisant.

Et puis, cette Kalenchoë m’a suivie avec mes rares affaires lorsque j’ai changé de vie. Bringuebalée d’un garage à un sol non meublé, elle et son pot ont trouvé une place en haut d’une de mes bibliothèques, en attendant Godot.

Et discrètement, ma petite plante grasse s’est mise à pousser comme sa race ne lui permet pas, à savoir vers le bas, dans une cascade de verdure, jusqu’à atteindre les étages inférieurs et recouvrir une partie de mes livres d’une profusion de verdure. Plus aucune fleur mais des lianes brillantes et coulantes tournant leurs pointes vers le ciel, regimbant à baisser les branches.

Un jour, un ami botaniste est passé et s’est alors émerveillé de cette plante qui s’est curieusement transformée. Déclamant le nom scientifique de ma petite plante devenue prolifique, il a exclamé son incrédulité. Cette plante-là ne saurait pousser comme ça, dans cette forme-ci, elle n’existe pas ! Il a posé son diagnostic implacable : elle avait dû être en grande souffrance pour, ainsi, se transformer. Devant la rareté de ma plante grasse et inexistante, à la vie tenace, il m’a quelque peu jalousée…

J’ai alors décidé de bouturer, reproduire, tenter de voir si, telle qu’elle est, elle pourrait offrir la pérennité de sa nouvelle espèce (et un échantillon pour l’ami effaré).

Je suis l’heureuse propriétaire d’une plante qui n’existe pas, une plante qui a muté, une plante que la souffrance a transformé en une magnificence et, les boutures ayant abouti, je suis l’heureuse gardienne de la beauté symbolique de cette petite plante et de sa descendance : il convient parfois d’éprouver la souffrance pour permettre une vraie transcendance.

Humains

Hier, je terminais « Chavirer » de Lola Lafon, livre avalé presque d’une traite et que je recommande, mais c’est une autre histoire. 


Donc, j’étais sous ma couette à lire en silence « Chavirer » et cette phrase  : « On finit par célébrer les mêmes valeurs que ce gouvernement que l’on conspue » a fait écho et m’a permis de comprendre ce qui me dérange dans bon nombre de commentaires sur la pandémie.

Nous en sommes à oublier que, derrière les chiffres il y a des hommes. Derrière le « petit » pourcentage de mortalité, il y a de vrais gens qui souffrent mille morts d’avoir perdu un être cher, des familles endeuillées. 

On a tant et tant été abreuvé de ces chiffres que l’on a oublié toute notre compassion, notre humanité. Nous reproduisons alors le comportement tant (et si justement) décrié de nos gouvernants avec leurs statistiques de pauvreté notamment, en disant haut et fort que ce sont les plus fragiles et, donc, que c’est négligeable.

Nous reproduisons les travers des dirigeants que l’on accuse régulièrement de ne rien faire pour les plus petits, les plus démunis, ceux qui, justement, ont le plus besoin d’être protégés. Des dirigeants que l’on accuse, comme le dit la suite de la phrase de Lola Lafon, de « célébrer (…) la force, le pouvoir, vaincre, gagner« .

Ne faisons-nous pas de même en arguant de notre système immunitaire plus fort que celui de ceux que l’on qualifie de « population à risques » et en se frottant les mains d’être bien à l’abri grâce à celui-ci ? Ne faisons-nous pas de même en nous réjouissant qu’il n’y ait « que » tel ou tel pourcentage de patients en réanimation, tel ou tel pourcentage qui y laisse sa vie ? Ne sommes-nous pas affreusement indécents ?

On a laissé notre humanité et notre compassion se noyer parmi les statistiques, endurcis par les chiffres quotidiennement serinés. Je ne m’y résous pas, peut-être est-ce cela qui me provoque une forme de colère nauséeuse quand je lis certains argumentaires sur la gestion de cette pandémie. Peut-être ai-je un côté niais, trop tendre, trop sensible, trop émotive qui m’empêche d’avoir ce détachement par la statistique. Non, moi, je vois des silhouettes, je vois des gens, je vois des larmes, et ils sont déjà bien trop nombreux devant mes yeux.

Peu importe ce que l’on pense des mesures prises, je crois que les critiquer pour ce qu’elles ont de déconnant est tout à fait compatible avec le fait de reprendre contact avec notre humanité. Derrière ces chiffres, il y a des hommes et des femmes et nous leur devons le respect, nous leur devons de ne pas estimer qu’ils sont négligeables sous prétexte que la majorité sera assez forte pour affronter.