Mon utopique espoir Miss France

Tous les ans, je regarde les résultats de Miss France avec l’utopique espoir que la couronnée de l’année, oubliant toute retenue et bienséance hurlera en entendant son nom : « Putain de bordel de merde ! Je le savais ! ».

Miss France infographie par La Vilaine

Tous les ans, je m’installe donc confortablement dans mon canapé ramolli pour me laisser décérébrer par une des soirées les plus kitsch de l’année (l’autre étant l’Eurovision que mon vilain esprit de Vilaine aime à consommer avec la moquerie la plus basse et une pointe de honte) : l’élection de la plus belle femme de France, comme il dit Jean-Pierre… Et à l’instant même où ses lèvres se crispent pour prononcer cette phrase ô combien surréaliste, les mêmes interrogations obsessionnelles se bousculent dans mon cervelet de ménagère de moins de cinquante ans. Parce qu’au fond c’est vrai, il faut déjà une sacrée dose d’amour propre pour se présenter à pareil concours, se regarder droit dans la glace et se dire « je suis tellement belle, tiens si ça se trouve je suis même la plus belle femme que la France ait en ses frontières » me laisse toute pantoise. Sans doute est-ce lié à ma relation personnelle à l’image, mais n’empêche que ça me laisse toute pantoise.

Bien sûr les quelques ménagères plus expertes en élection miss France m’opposeront que non je n’y connais rien, ça passe d’abord par les régions. Et puis après ? C’est pareil, se regarder dans la glace et se dire « je suis tellement belle, tiens si ça se trouve je suis même la plus belle femme de ma région » ça m’en laisse la bouche ouverte et l’oeil tout épaté.

Soit, admettons et admirons. Après tout c’est plutôt admirable que d’être narcisse en ces temps de complexées et de chirurgie esthétique, donc La Vilaine range ton mauvais esprit et rends hommage…

J’enrobe donc mon cervelet de téléphagie et usuellement, je ne regarde que du coin de mon angle mort, cette belle cérémonie française (enfin…) tout en occupant tout le reste de mon esprit à autre chose (vous m’accorderez que l’on peut aisément être occupée quasi entièrement à d’autres tâches, tout en regardant ce genre de programme qui doit pomper à tout casser l’équivalent du cerveau d’une grenouille laissant tout le reste à libre disposition) mais je reste tout de même vigilante, il serait ballot que je loupe en étant trop dilettante un petit quelque chose qui rendrait la fête digne de ce nom : un dérapage incontrôlé d’une Miss qui n’entrerait pas tout à fait dans le moule et ferait ou dirait une sottise réjouissante (enfin au sens Miss France du terme, selon l’étiquette en vigueur parce que des sottises réjouissantes au sens basique…). Je zappe les petits reportages agaçants nous montrant un troupeau de caillettes toutes en gloussements et petits cris suraigus dignes de rappeler à mon bon souvenir que si j’étais un homme je ne serais pas capitaine mais sans doute misogyne, et relève les yeux à chaque présélection cherchant mon graal : le cri incontrôlé !

Mais tous les ans, telle une enfant se précipitant toute pleine d’espoir au pied du sapin, je me retrouve fort marrie de ne trouver que tremblements et larmes retenues en lieu et place de l’attendue perte de contrôle. Oh bien sûr, je trouverai un peu de mon bonheur dans les regards des perdantes, contemplant avec un sourire masquant à grande peine la haine ressentie, mais « putain de bordel de merde » point de « je l’savais »…

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