Jaune

soleil

On a traversé la France de part en part en se laissant déposer là où le vent le décidait.

Partout le même triste constat : chaleur écrasante, champs brûlés par le soleil, jaune, tout était jaune et buriné, même là où l’herbe est réputée plus verte qu’ailleurs.

On a traversé la France de part en part, de l’extrême sud à la Normandie, sans trouver de verdure, jaune, tout était jaune, même là où les nuits fraîches offrent encore un peu de rosée aux champs épuisés.

On a traversé la France de part en part, cherchant les coins sauvages pour vivre sans chaussures, marcher pieds nus, danser dans l’herbe, plaisir sensuel annuel qui ramène à l’essentiel, jaune, l’herbe était jaune et coupante comme des échardes de bois. 

On a traversé la France de part en part, cherchant à fuir la chaleur mais ne trouvant de fraîcheur nulle part, hormis dans quelques rivières gonflées par des glaciers délités et dans lesquelles nous nous sommes jetés, nus, éreintés. 

On a traversé la France de part en part pour se mettre au vert mais jaune, tout était jaune et brulé.

Vie Vent

Du vent !
Vie vent !

Il y a ce vent que plus personne ne prend la peine d’écouter.

Il y a ce vent qui t’emmène dans les profondeurs des forêts,

Tambour battant, coeur en apnée, 

Il y a ce vent, ce vent qui réveille et souffle les pires conseils.

Il y a ce vent, qui vient chercher tes instincts, ton animalité.

Il y a ce vent qui souffle sur ta peau, ce vent qui soulève, te soulève à te renverser.

Il y a ce vent qui t’invite, te pousse, t’exhorte à danser.

Il y a ce vent qui t’envole jusqu’aux toits pour danser. 

Il y a ce vent qui hurle au corps comme le chien hurle à la mort. 

Il y a ce vent, et il y a les corps soudain vivants. 

Ô limbes

On a tous vécu une fois (façon de parler) une situation qui ne nous convenait pas.

Généralement, quand elle n’est plus pour nous, quand on doit bouger, changer, partir, modifier, l’Univers nous la rend d’inconfortable à douloureuse, ad nauseam. On nous dit de penser que « c’est une leçon », un apprentissage, que tout est pour le mieux et que le meilleur adviendra, surtout, n’oubliez pas de remercier le guide. 

Quelqu’un a-t-il un jour soufflé à l’Univers les bienfaits de l’éducation positive pour le sortir de sa préférence pour l’éducation coercitive ?

L’humain est-il con à ce point qu’il ne puisse avancer autrement qu’à coups de poings ? 

Ne pourrait-on pas imaginer toute autre façon de progresser ? Une échelle de bonheur dont on gravirait les échelons ? 

Ne pourrait-on pas ? Allons, juste pour cette fois, imaginons…

« Bonjour, vous êtes au niveau deux sur l’échelle du bonheur. Nous vous proposons une opportunité, voilà une occasion que nous vous tendons, à vous de la saisir ou non. Excellent choix, Madame Quicampois ! Vous voici donc parvenue au niveau trois ! »

Au fil de nos vies, nous progresserions gentiment, chacun son rythme, de barreau en barreau jusqu’au sommet qui nous correspond. Ou, si nous n’avions pas compris la leçon, nous resterions bloqués en bas, sans plus de façon, sans besoin de PLS et de guérison.

Mais non. L’Univers préfère l’apprentissage par la douleur. Il nous fait brusquement tomber du piédestal sur lequel on croyait avoir été délicatement déposé, là où l’on pourrait enfin se poser, se reposer, tomber l’armure et les épées. 

Puis il nous regarde sombrer, couler bien profond, et lorsque la blessure est béante, ravivant toutes celles du passé, lorsque les viscères sont à terre, prêtes à se putréfier, alors il nous demande de les examiner avec la compétence de l’haruspice.

Et si, par chance, on parvient à comprendre et intégrer, alors, seulement, il nous fait l’insigne honneur de nous tendre la corde de la miséricorde à laquelle notre instinct de survie nous pousse à nous accrocher pour nous échapper. 

Il serait bon que quelqu’un souffle à l’Univers qu’il existe d’autres façons que l’affliction. À moins que l’on ne tente une pétition ?

Cérémonie au Haras d’Annecy

Pardonne mon long silence, lecteur papoteur, j’avais des retranscriptions jusqu’au chignon, des projets en ébullition et tout un tas d’autres bonnes raisons de mettre un peu de côté cette partie de mes écrits.

Pour me faire pardonner, je te donne quelques actualités et, surtout, une possibilité de se rencontrer.

Dimanche 27 juin 2021 à 16H00 au Haras d’Annecy

La cérémonie de remise des prix de la poésie récompensant les lauréats des différents concours organisés au printemps dernier dans le cadre du printemps des poètes, promet un joli moment culturel et de partage.

Spectacle, musique, remise des prix, lecture des poèmes sur le désir, le tout en plein air et gratuit.

J’ai appris avec bonheur que mon poème « Le chant du désir » sera lu en ouverture de la cérémonie.

Après la cérémonie (qui devrait durer un peu moins d’une heure) une heure d’échange informel est prévue. Une occasion, donc, de se rencontrer.

Je t’espère présent (tout comme le soleil !).

La danse du renard

J’ai le cycle circadien de travers, 05h00 du matin, mes yeux sont ouverts en semaine comme le week-end.

Ça a commencé quelques jours avant la nouvelle lune et ça semble ne plus vouloir s’arrêter.

Alors, pour ne pas réveiller ceux qui parviennent à roupiller, je me lève et j’en profite pour démarrer ma journée silencieusement. J’allume juste une bougie pour ne pas m’éblouir, je fais mon yoga et je prends tout mon temps pour méditer. Je bois un café, mets quelques miettes sur le rebord de la terrasse pour le rouge-gorge qui ne manque pas de me rappeler à l’ordre si ce n’est pas fait et, si le cœur est encore endormi, je l’éveille en musique, discrètement et directement soufflée dans mes oreilles.

Le dimanche, je l’ai déjà écrit, le silence à cette heure est particulier, plus profond et plus beau que n’importe quel autre jour, plus profond et plus long, chacun faisait la grasse matinée.

J’ai laissé le hasard décider pour la musique qui ouvrirait ma journée, c’est Flying qui a chuchoté. Je ne sais si pour toi, lecteur musical, c’est pareil mais les envies, l’énergie sont différentes selon ce qui rythme mes oreilles. Flying et son crescendo, c’est une invitation à la marche, à la forêt qui vient me prendre le corps irrépressiblement. Alors je me suis envolée, dans le jour pas encore tout à fait levé, j’ai enfilé mes baskets et me suis envolée vers mon hêtre.

J’ai marché, saisie par le froid, j’ai foncé pour ne pas geler, cherchant des réponses, quémandant un signe de la forêt pour éclaircir mes idées, j’ai marché à en courir, j’ai marché pour me nourrir, écoutant le réveil de la nature, guettant je ne sais quoi, jusqu’à ce qu’il apparaisse devant moi. Un renard. Un renard magnifique qui glissait à l’orée du bois avec la tranquillité furtive propre à son espèce, avec la détermination mue par son seul instinct.

Je l’ai suivi à distance, me faisant légère et silencieuse, petits pas de chat, souffle discret, il ne m’a pas remarquée. Une dizaine de mètres, le vent était dans le bon sens. Et soudain, son échine s’est dressée, il savait. Il a fait volte-face et m’a regardée. Sans la moindre crainte, il m’a inspectée, museau humant l’air, je n’ai pas bougé. Ses yeux dans les miens, mes yeux dans les siens, nous sommes restés immobiles à nous contempler. Puis il a repris son chemin sans la moindre précipitation, le pas sautillant, sa queue balançant doucement dans le vent, je l’ai observé s’éloigner sans plus chercher à le suivre, son message était délivré : le goupil c’est la légèreté. Je l’ai remercié. C’est bien de ça dont j’avais manqué, de ça et de cette pointe de n’importe quoi qui fait pourtant d’ordinaire partie de moi.

Alors je me suis exécutée, dans cette forêt glacée, battue par la bise et par moins cinq degrés, j’ai branché les écouteurs de mon téléphone, lancé ce qui s’y trouve de plus gai et j’ai dansé. Oui, j’ai dansé, là, à 6h00 du matin, seule, au milieu de la forêt et sur tout le parcours du retour, j’ai allégé tout ce qui était un peu plombé, j’ai attrapé la vie, la joie, j’ai renoué avec mon animalité, j’ai dansé. 

Et j’ai remercié l’humain d’avoir pour habitude de dormir le dimanche matin afin que seule la nature ait assisté à ma délirante danse. 

Le poids du pourquoi

Lorsqu’un projet t’anime, quel qu’il soit, ne laisse personne te demander pourquoi.

Lorsqu’une envie viscérale te prend le ventre et le cœur, ne laisse personne te demander pourquoi. 

Le pourquoi vient remettre en cause la légitimité de ton projet, insidieusement, mais réellement. Le pourquoi n’a pas d’objet.

Le pourquoi est toujours accompagné de sombres projections et de « mais ».

Le pourquoi n’accompagne pas, ne souffle pas dans ton dos et sur tes ailes, le pourquoi n’a même pas à exister si toi, tu sens, tu sais. 

Lorsqu’un projet t’anime, quel qu’il soit, tourne-toi vers ceux qui t’y poussent sans te demander pourquoi.

Si l’aventure te fait vibrer de tout ton être, c’est là sa seule raison d’être. 

Alors lance-toi, cherche comment la réaliser et non comment y renoncer si toutefois ça ne marchait pas. Cette question-là n’existe pas. Pas encore, peut-être jamais, alors chasse-la. Ce « si » n’est bon qu’à faire chanter les abeilles, à ouvrir la porte au doute, au renoncement, avance, regarde droit devant. 

Lorsqu’un projet t’anime, quel qu’il soit, regarde seulement s’il t’amène de la joie et ne te justifie pas. Et élance-toi de tout ton être sans te laisser demander pourquoi, personne n’en a le droit.

C’est le Printemps… des poètes

Printemps des poètes

Durant l’hiver, j’ai semé des graines au milieu des champs ravagés.

Comme tout jardinier (non, lecteur militant pour l’équité, ne t’attends pas à ce que j’écrive « jardinière », ça sonne trop pot de fleurs dans mon imaginaire), j’avais toute conscience qu’il faudrait longuement patienter pour voir si quelque chose pousserait.

Pour autant, je guettais l’arrivée de ce mois de mars avec autant d’espoir impatient qu’un naufragé guette l’envoi d’une bouée, sachant qu’à tout le moins, un peu de culture viendrait à nouveau réveiller mon cerveau affamé.

De juteuses et nourrissantes dates démarrent donc leur floraison en ce mois de mars pas (encore) confiné.

Tout d’abord le 23ème Printemps des Poètes auquel je participe activement pour la première fois. Petit résumé de ce que je n’ai guère pris le temps de raconter ici : j’ai été conviée à proposer un poème sur le Désir (thème de cette année) au concours d’Annecy 2021, expérience littéraire inédite pour moi mais j’ai accepté de relever le défi.

Les premiers résultats sont tombés : j’ai été en primo sélection des 50 (sur les 223 participants) mais, pour autant, mon poème a été jugé « trop charnel » pour être publié (la sélection suivante des 30). L’aventure s’arrête donc là pour moi soudainement auréolée de subversivité (ce qui m’amuse, la pensée d’avoir un peu secoué certains membres du jury compensant la déception).

J’ai également été sollicitée pour participer avec un autre poème à une exposition dans les 10 médiathèques de la ville d’Annecy, toujours dans le cadre du Printemps des Poètes, alliant poèmes sur le Désir et illustrations photographiques.

La situation sanitaire n’a malheureusement pas permis de maintenir le vernissage (on s’y attendait).

Chaque médiathèque expose une partie des panneaux mais l’intégralité des panneaux poèmes et photos se trouve à la médiathèque de Bonlieu. Pour celles et ceux qui peuvent et veulent se rendre sur place, vous avez jusqu’au 26 mars pour visiter l’exposition (ce qui peut être une jolie occasion de se faire une sortie culturelle en ces temps où les possibilités sont aussi rares qu’un cheveu sur la tête à Mathieu)

Pour celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent s’y rendre, vous pouvez découvrir les poèmes sélectionnés et les photographies réalisées par des photographes régionaux pour illustrer chacun d’entre eux en ligne, sans quitter votre confortable fauteuil : https://brenasjg.wixsite.com/annecy21/copie-de-beaute (je vous laisse le soin de me chercher)

Enfin, un recueil regroupant tous les poèmes exposés + les différents poèmes des concours sera publié par la Ville d’Annecy au mois de juin où une cérémonie de remises des prix aura lieu.

Et pour terminer le point « évolution des plantations hivernales », comme tu le sais lecteur fidèle (enfin si tu l’es), j’ai participé pour la seconde année consécutive au Prix de la Nouvelle Érotique au mois de décembre et le jury nous a récemment indiqué que les résultats de la primo sélection devraient nous parvenir en avril (où, pour le coup, on se découvrira de plus d’un fil).