De L’Hêtre pour l’être

Je lance un projet. Un projet un peu fou et ambitieux, un projet mûrement réfléchi depuis le premier confinement (note, lecteur déconfiné, comme les confinements datent à présent nos événements). 

Je lance un projet un peu fou et ambitieux, donc, une maison d’éditions associative mais pas seulement. Une association de promotion de la littérature et de l’art sous toutes ses coutures. Une association qui proposera des ateliers d’écriture, des stages, des conférences, des concerts, des expositions.

J’ai toute conscience que ce ne serait pas facile, personne n’a dit que ce serait facile. 

Je sais. 

Je sais que des soutiens insoupçonnés viendront, je sais que des portes que j’aurais imaginées ouvertes se claqueront. Je sais que de nouveaux « amis » se déclareront, mus par l’ineffable attraction de l’intérêt tout personnel. 

Je sais. 

Je sais que j’aurai des déceptions cruelles et des peines plein les veines, je sais que ce sera un prisme révélant des anguilles sous les roches. Je sais. Mais j’y vais. 

J’y vais, justement parce que je sais. 

Je sais aussi qu’il y aura des soleils dans les orages, des bonheurs en pagaille, de la foi renouvelée en l’humain, du partage, de l’aventure, de l’émulsion, de la nourriture pour le corps et pour l’esprit. 

Je sais, alors j’y vais. 

Très vite, lecteur curieux, je te présenterai le site et les premiers événements, tu peux d’ores et déjà « j’aimer » la page FB des Éditions de l’Hêtre, une maison qui aime sincèrement les lettres et l’être et pour ce qui est de l’hêtre, si tu me connais, TU sais…

Cérémonie au Haras d’Annecy

Pardonne mon long silence, lecteur papoteur, j’avais des retranscriptions jusqu’au chignon, des projets en ébullition et tout un tas d’autres bonnes raisons de mettre un peu de côté cette partie de mes écrits.

Pour me faire pardonner, je te donne quelques actualités et, surtout, une possibilité de se rencontrer.

Dimanche 27 juin 2021 à 16H00 au Haras d’Annecy

La cérémonie de remise des prix de la poésie récompensant les lauréats des différents concours organisés au printemps dernier dans le cadre du printemps des poètes, promet un joli moment culturel et de partage.

Spectacle, musique, remise des prix, lecture des poèmes sur le désir, le tout en plein air et gratuit.

J’ai appris avec bonheur que mon poème « Le chant du désir » sera lu en ouverture de la cérémonie.

Après la cérémonie (qui devrait durer un peu moins d’une heure) une heure d’échange informel est prévue. Une occasion, donc, de se rencontrer.

Je t’espère présent (tout comme le soleil !).

Quand les coquecigrues ne passent plus

Lorsque mon fils me demande la définition d’un mot, j’ai pour habitude de l’envoyer voir La Rousse…

Non pas que je ne sois pas en mesure de lui répondre mais parce que, lorsque le cerveau cherche une réponse par lui-même, il enregistre sur le long terme tandis que si ladite réponse lui est fournie toute cuite dans le bec du préfrontal, il oubliera même s’être un jour posé la question.

Et puis, lorsque l’on cherche dans une encyclopédie ou un dictionnaire (plutôt qu’en mode Google-is-your-friend), en faisant virevolter les pages, nos yeux absorbent tout un tas d’autres mots, d’illustrations et, pour peu que l’on soit un peu curieux, on s’y attarde, on y flâne et par un doux hasard il se peut que l’on apprenne deux, trois trucs en plus.

Hier soir, cet enfant qui dévore des livres comme d’autres engloutissent des friandises, voulait connaître ce qui se cachait derrière « coquecigrue ». Ne dérogeant pas à la règle sus-citée, je l’envoyai, un sourire de ravissement flanqué sur le visage (j’aime ce mot), jeter un oeil dans le mille-feuilles des connaissances.

Tout en cuisinant, je l’écoutais d’une oreille énoncer à haute voix les mots qui devaient logiquement précéder ou suivre le terme recherché. Mais point de « coquecigrue ». Et comme « rien n’est jamais perdu tant que maman n’a pas cherché », j’entrepris à mon tour de feuilleter l’ouvrage, en vain.

Coquecigrue n’est plus. Coquecigrue a disparu. On ne regarde plus passer les coquecigrues, on n’attend plus les coquecigrues, les coquecigrues ne passent plus.

Je ne suis pas sans savoir que, chaque année, des mots entrent dans le dictionnaire, des nouveaux mots, de la novlangue et, contrairement à d’autres amoureux de la littérature, je n’ai rien contre, le langage doit évoluer tout comme évolue nos us et coutumes, et j’emploie plus qu’à mon tour ces derniers lorsqu’ils sont appropriés (et aussi pour ne pas passer pour une intello-snob qui use et abuse de mots complexes pour se la péter).

Mais, si chaque année est édité la liste des mots ajoutés, nul hommage n’est rendu à ceux qui sont décédés, poussés, virés, décapités, boutés hors des références, sacrifiés pour laisser place.

Et au fond, pourquoi ces nouveaux mots ne pourraient-ils pas venir juste nourrir le dictionnaire ? S’ajouter au lieu de se suppléer ? Enrichir ?

Parce que si certains nouveaux mots me semblent indispensables pour définir nos nouveaux comportements, les anciens, tels que coquecigrue et tant d’autres, ont à mon coeur une chaleur, à ma bouche un bonheur, le tout créant une sensation proche de celui éprouvé à déguster certaines pâtisseries. Certains mots ont à mes oreilles un frisson tant ils paraissent inégalables à mon cerveau lorsqu’il s’agit de choisir la juste description.

Fort heureusement j’ai, dans ma bibliothèque, une antique Rousse de 1922 et un dictionnaire des synonymes de 1977 dans lesquels rien ne saurait disparaitre.

 

Et cesser de s’ombrer

Elle m’a dit ne pas oser, se cacher, alors même que ça la faisait vibrer.

Elle m’a dit complexer, ne pas vouloir exposer ce qui l’animait, la faisait palpiter.

Je lui ai dit que je comprenais, Ô combien, je comprenais.

Putain, pourquoi continuer de s’emmerder, s’interdire, se planquer, s’empêcher ? Pour les autres, de peur d’être trop ou pas assez, de peur d’être jugé pédant ou trop discret, vantard ou timoré ?

Par peur de qui ? Par peur de quoi ? Par peur des autres ou bien de soi ?

Par quelle crainte absurde choisit-on de s’ombrer au risque même de sombrer faute d’avoir été ?

Il est temps d’être et d’oser, il est temps d’être en entier, de prendre sa place sans avoir à la réclamer, sans avoir peur de vexer, gêner, fâcher.

Tant que l’on est droit, tant qu’il y a l’honnêteté, tant que l’on est, tant que l’on fait, être n’a rien de déplacé, tenter, essayer, dire, exprimer, montrer, ne devrait jamais effrayer.

Il est temps d’être pour ne pas regretter de n’avoir pas été.

Avec ce que tu as

Brigitte Jacques, auteure merveilleuse du non moins merveilleusement poétique « Dis est-ce que ça repousse les ailes », a eu l’à propos de poster ce matin sur Facebook une citation d’Hemingway :

« Maintenant, ce n’est pas le moment de penser à ce que tu n’as pas. Pense à ce que tu peux faire avec ce que tu as. »

Citation parfaite en ces temps et qui plus est lorsqu’elle vient d’un écrivain qui fut ambulancier au coeur de la première guerre mondiale. Citation qui tombe à point nommé au moment même où je m’interroge sur pourquoi et comment je vis si bien ce confinement, parce que oui, hormis les quelques jours « sans » qui sont plutôt rares et de plus en plus rares même, je le vis si bien que j’en conçois une forme de culpabilité teintée d’une touche de honte.

Comment puis-je vivre si bien ce confinement qui rend la moitié du monde folle à lier ? Comment ai-je l’outrecuidance d’apprécier mes journées quand tout autour n’est que peine, bataille, angoisse et douleur ? J’en viens même à m’inquiéter de ma santé mentale en découvrant chaque jour combien je rechigne de plus en plus au moindre échange, même bref comme Pépin, avec le monde extérieur.

Hormis le fait que je suis sans doute surentraînée (si tu vis dans un petit village de moyenne montagne, sans permis ni voiture, ni commerces à proximité, que de surcroît tu travailles depuis chez toi, il peut t’arriver de ne voir personne des jours durant), que j’ai toujours su apprécier les petits riens et qu’ils m’ont même bien des fois sauvée, j’entrevoyais un noeud Gordien dans mon adaptation ultra-adaptée.

Et puis, cette citation d’Hemingway est venue me rassurer (je n’appellerai donc pas SOS-antisocial-tu-gardes-trop-bien-ton-sang-froid, merci Brigitte) : il est vrai que je ne regarde pas ce que je n’ai pas dans cette période, que toute mon attention est portée-concentrée sur ce que j’ai, je ne regarde pas ce que je ne peux pas faire mais ce qui est à ma portée dans cet empan taillé, je ne regarde pas les projets annulés ou reportés mais tout le temps dont je dispose pour les améliorer-peaufiner, et c’est peu ou prou ce que j’ai toujours fait en gardant à l’esprit qu’à défaut de pouvoir changer une situation, il convient de l’accepter et de la transformer.

J’ose espérer, lecteur déprimé par ta situation confinée, que ces quelques mots pourront t’aider, même si j’ai bien conscience que nous ne sommes pas tous armés pour affronter les écueils de cette vie avec la même dextérité.

 

Le paradoxe du temps

C’est terriblement paradoxal, l’enfermement a, dans la tête des gens, une image qui implique d’être serré, collé, de manquer d’espace… Tu m’accorderas, lecteur empêché, que l’on n’imagine pas un instant, à la lecture d’un livre ou lors d’une conversation ayant pour objet la prison et son/sa prisonnier/ère, un homme ou une femme disposant d’un 100 m2 ; se mouvant avec le geste large ; contemplant, la nuque cassée en arrière, une hauteur sous plafond permettant l’installation d’un trampoline sans risquer jamais de loger sa fontanelle dans ledit plafond lors d’un rebond…

Non : l’enfermement, le confinement, a bien, dans la tête des gens, cette idée d’étroitesse,  de collé-serré, de petitesse, du prisonnier replié sur lui-même pour sortir du dessous d’un lit superposé (c’est, chez moi, la première image qui vient, instinctivement) et pourtant…

Il est donc terriblement paradoxal que, en cette période de confinement et donc d’enfermement, où notre espace est réduit aux mètres carré de nos appartements (ceux qui ont de la chance auront, en comptant le jardin, bien plus grand), dans cette intervalle d’enfermement, de serré, de collé, de petitesse, eh bien le temps est étiré, immensément, il n’aura jamais eu plus de place que maintenant.

« Ce n’est pas que j’ai des pensées contradictoires mais les choses le sont : les nuits sont longues mais je trouve malgré tout que le temps passe vite » – Frédéric Berthet – Journal de Trêves

La leçon

2020

Voilà, nous arrivons en fin d’année, il paraît qu’il convient de faire un bilan, juste avant le nouvel an.

Alors, même si ce n’est pas encore tout à fait terminé (paraît que les astres m’annoncent le meilleur pour la fin, z’ont intérêt à tenir promesse, je suis une enfant à l’ineffable crédulité), je peux déjà énoncer ce que cette année écoulée m’a apporté.

J’ai appris.

J’ai appris à lâcher prise, j’ai appris à faire confiance et, plus que tout, j’ai appris à avoir confiance, à ME faire confiance.

J’ai appris.

J’ai appris que tout est juste, même le plus injuste, j’ai appris que mes faiblesses sont ma plus grande force, j’ai appris combien j’avais de force.

J’ai appris.

J’ai appris que l’on pouvait tout, pour peu qu’on le veuille et que l’on reste droite dans ses bottes 35 fillette, tout, même quand ça a l’air furieusement mal barré.

J’ai appris.

J’ai appris qu’il y avait de la douceur quand on ouvrait son coeur, de l’inconfort mais tant de douceur derrière, j’ai appris à tomber les barrières.

J’ai appris.

J’ai appris la nudité du coeur, j’ai appris à accepter, accueillir et aimer mes peines et mes peurs, à leur laisser la place nécessaire pour les comprendre et les apprivoiser.

Et je le dois à tant, je le dois à ceux qui m’ont aimée comme à ceux qui m’ont détestée, je le dois à toi et tes yeux de chat qui ont forcé ma voix, je le dois à celles et ceux qui ont fait vibrer mon aura.

J’ignore ce que me réserve 2020, une année qui sonne bien, une année à la douce sonorité, à l’instant précis où je t’écris, lecteur-aux-bonnes-résolutions, je n’ai jamais tant ignoré quel en sera le chemin, si la belle envolée continuera sa destinée ou s’il faudra à nouveau me relever mais je sais que je suis prête à la vivre avec toute la confiance et la liesse des apprentissages de cette année.