Nulle part ailleurs

Il y a des gens que j’aime d’un amour qui n’existe nulle part ailleurs dans mon cœur. 

Des gens que j’aime pour leur rare loyauté et leurs valeurs. Des gens animés par la conscience de leur brève existence, par l’urgence de semer la bienveillance et la beauté.

Ce n’est pas un amour charnel, fraternel ou maternel, c’est un amour d’âme.

C’est un amour pur, un amour originel. 

Ils pansent leurs blessures en pensant les autres, ils battent l’injustice au rythme de leur cœur. Leur droiture ne faillit pas et, si toutefois elle s’émousse, ils n’ont de cesse de réparer leur erreur. 

Il y a des gens que j’aime d’un amour qui n’existe nulle part ailleurs dans mon cœur. 

Des gens devant lesquels je peux me présenter nue sans craindre pour ma pudeur. Ils défont leur manteau pour m’en envelopper.

Ils répondent aux questions les yeux droits dans le cœur, ils ne détournent rien, même à leur faveur. 

Il y a des gens que j’aime d’un amour qui n’existe nulle part ailleurs dans mon cœur. 

Parce qu’ils ont l’humanité et un code d’honneur, parce qu’ils ont la fidélité et les actes des grands seigneurs. 

Fin janvier

J’aime le soleil de fin de journée.

Le soleil de fin janvier, au moment où il est prêt à décliner.

La nature qui lutte pour se réveiller.

J’ai profité de ce soleil de fin de journée,

J’ai absorbé la forêt, son contenu, son contenant.

J’ai fureté, j’ai flâné, j’ai musardé. 

Et puis je suis rentrée, les joues rosies, le nez glacé.

Je suis rentrée, à l’heure où le ciel rougeoie comme le sang,

Les doigts en proie au fourmillement de la chaleur retrouvée.

J’ai profité d’un instant, calme, sans bouger.

J’ai allumé des bougies, des lampes, de l’indirect, du non violent,

Pour conserver la luminosité chaude de la forêt dans le soleil de fin janvier. 

« Mets-nous un peu de soleil, Minouche », ai-je prononcé,

Réveillant la mémoire de ma grand-mère qui enjoignait son mari d’allumer dedans ce qui disparaissait dehors,

Je me suis assise sur le canapé, Joep Beving en fond sonore. 

J’aime le soleil des fins de journées de janvier.

Un soleil trompeur dont la couleur mime la chaleur.

J’aime le soleil des fins de journées de janvier. 

Il porte la promesse de toutes les futures douceurs.  

Se souvenir des petites choses

On vit dans le souvenir des grands événements et dans l’attente des suivants.

On vit dans le souvenir des grands événements et dans l’attente des suivants, oubliant que ce sont les moments anodins, les petits riens du quotidien qui en sont les ponts, qui en font le chemin.

Que ce sont ceux-là qu’il convient de soigner, d’entretenir et de provoquer, et de savourer.

Nourrir les riens du quotidien, les joies minuscules, les bonheurs lilliputiens, lesquels, à force de grandir, à force de fleurir, de se cumuler, de s’amonceler, en viendront à nous dépasser et sans même que l’on n’y prête la moindre attention, permettront aux grands d’advenir.

Le beau, le grand, il faut aller le chercher dans l’infinitésimal, dans le discret, c’est là qu’il est caché.

Et dans les moments compliqués, se souvenir de ce qui fut, de ce qui sera sans perdre de vue ce qui est, là, à portée.

Faire que son herbe soit plus verte qu’ailleurs en l’enrichissant de son amour jour après jour, en conservant son regard premier, celui encore emprunt de sa naïve découverte.

On vit dans le souvenir des grands événements et dans l’attente des suivants, oubliant que ce sont les moments anodins, les petits riens du quotidien qui en sont les ponts, qui en font le chemin.

Parce que ce qu’il subsistera, à la fin, au moment de se retourner une toute dernière fois sur sa vie et son passé, ce qu’il y aura, à la fin, ce sera avant tout, surtout, par dessus tout, les souvenirs d’une vie construite sur le quotidien.

Prix de la Nouvelle Érotique 2022

Dans la nuit du 18 au 19 décembre, j’ai participé pour la troisième année consécutive au Prix de la Nouvelle Érotique, organisé par les Avocats du Diable. Pour mémoire, ce prix se déroule lors d’une nuit : un contexte et un mot final reçus juste avant minuit et jusqu’à huit heures le lendemain pour (tenter de) rendre copie (une nouvelle érotique inédite, de vingt mille mots max, pas de minimum requis). 

Une nuit excitante à plus d’un titre, une nuit épuisante sur laquelle tu peux, lecteur libidineux, retrouver de plus amples informations ici, ou encore et enfin ici aussi.

J’ai découvert qu’aucune ne se ressemble vraiment. La première n’était que curiosité et exaltation, point de trac, la naïveté d’une première fois où l’on ignore à peu près tout de la sauce à laquelle on sera avalée, le contentement d’être sélectionnée suffisait à mon bonheur sans plus d’attente que celle de relever le défi. 

La seconde, le stress était là toute la journée : je savais tout du déroulé, de la difficulté, de l’indispensable temps à maîtriser, de la gestion de l’effort quasi marathonien, du coup de barre qui frappe aux alentours de trois heures du matin.

Et pour cette troisième participation, ni stress ni véritable excitation. La joie de retrouver près de trois cents participants, dont certains avec qui j’avais tissé des liens, mais pour le reste, mon organisation personnelle étant bien plus complexe, mon esprit pris par d’autres chats, je n’ai pas eu le loisir de sentir la pression monter et si à l’inscription la motivation était là et bien là, le jour J, ce n’était pas ça… du tout… du tout. 

J’avais donc pris la décision d’attendre jusqu’à réception de la consigne et du mot final et, la journée qui s’annonçait le lendemain étant aussi chargée que celle qui se terminait, d’aller me coucher sans plus de regret si l’inspiration ne venait pas (je pouvais espérer, au mieux, une heure de sommeil si toutefois je rendais copie avant six heures). 

Et puis un ange gardien a soufflé à mon oreille à plusieurs reprises au fil des heures précédentes, suffisamment doucement et fermement pour me remettre dans le droit chemin, me rappeler comme j’aimais ce défi annuel et que c’eut été couillon de m’en laisser dévier par quelque contrariété. 

Le mail est tombé à 23H59, thème : « Avis de pas sage », mot final : « bâton ». Pour les deux premières participations, je m’étais préparée à ma nuit : temps de calme, repos, marche, bain chaud. Là, je n’ai pas eu une minute à moi, pas un espace libre pour poser mon esprit, me reposer, me détendre ou me défouler, alors j’ai tout fermé. Une bulle hermétique. Je n’ai pas flâné sur la page Facebook dédiée hormis pour souhaiter à tous une belle nuit de concours ; je n’ai pas mis de musique, excepté en tout début de nuitée pour me centrer quelques minutes en écoutant, deux fois, « Una Furtiva Lagrima » qui semblait appropriée à mon humeur ; pas ouvert mon téléphone, sauf pour mon ange gardien qui patientait solidairement pour me lancer ses encouragements sur la ligne de départ.

Et, étonnamment, ça a coulé plus aisément que je ne l’aurais pensé. J’ai mieux maîtrisé le temps et le dosage de caféine (l’année passée, le lendemain je vibrais comme un téléphone tout le dimanche et je crois même avoir pissé du café), j’ai mieux géré les pauses et le fameux coup de barre de trois heures du matin (celui qui te donne envie d’abandonner juste parce que dormir te paraît tellement plus nécessaire que ce que tu es, pauvre folle, en train de faire). 

J’ai achevé ma nuit aux alentours de 5h00 du matin, renvoyé mon écrit à 5h30 avec du doute plein la tête (j’ai découvert d’ailleurs cette fois que s’il te reste du temps, vient ce doute avant l’envoi : « Ne devrais-je pas continuer ? Reprendre ? Refaire ? Utiliser TOUT le temps imparti ? » alors que quand tu l’envoies sur le fil de l’aiguille, tu es juste soulagée que ton mail soit parti vers le bon destinataire), j’ai mille fois remercié l’ange gardien de m’avoir botté le cul et empêchée de laisser tomber pour cette année.

Un peu honteusement, j’ai filé sous la couette sans attendre ceux qui n’avaient pas encore fini pour tenter de dormir un tout petit peu avant que ne sonne le réveil (non sans les avoir salués et encouragés). 

J’ai somnolé une heure avec ce bonheur si particulier d’avoir gagné une bataille sur moi-même, d’avoir grandi en relevant ce défi malgré tout ce qui penchait, tout ce qui vacillait. Et ça, c’est le point commun de ces trois participations : c’est avant tout un défi de soi à soi.

Ô limbes

On a tous vécu une fois (façon de parler) une situation qui ne nous convenait pas.

Généralement, quand elle n’est plus pour nous, quand on doit bouger, changer, partir, modifier, l’Univers nous la rend d’inconfortable à douloureuse, ad nauseam. On nous dit de penser que « c’est une leçon », un apprentissage, que tout est pour le mieux et que le meilleur adviendra, surtout, n’oubliez pas de remercier le guide. 

Quelqu’un a-t-il un jour soufflé à l’Univers les bienfaits de l’éducation positive pour le sortir de sa préférence pour l’éducation coercitive ?

L’humain est-il con à ce point qu’il ne puisse avancer autrement qu’à coups de poings ? 

Ne pourrait-on pas imaginer toute autre façon de progresser ? Une échelle de bonheur dont on gravirait les échelons ? 

Ne pourrait-on pas ? Allons, juste pour cette fois, imaginons…

« Bonjour, vous êtes au niveau deux sur l’échelle du bonheur. Nous vous proposons une opportunité, voilà une occasion que nous vous tendons, à vous de la saisir ou non. Excellent choix, Madame Quicampois ! Vous voici donc parvenue au niveau trois ! »

Au fil de nos vies, nous progresserions gentiment, chacun son rythme, de barreau en barreau jusqu’au sommet qui nous correspond. Ou, si nous n’avions pas compris la leçon, nous resterions bloqués en bas, sans plus de façon, sans besoin de PLS et de guérison.

Mais non. L’Univers préfère l’apprentissage par la douleur. Il nous fait brusquement tomber du piédestal sur lequel on croyait avoir été délicatement déposé, là où l’on pourrait enfin se poser, se reposer, tomber l’armure et les épées. 

Puis il nous regarde sombrer, couler bien profond, et lorsque la blessure est béante, ravivant toutes celles du passé, lorsque les viscères sont à terre, prêtes à se putréfier, alors il nous demande de les examiner avec la compétence de l’haruspice.

Et si, par chance, on parvient à comprendre et intégrer, alors, seulement, il nous fait l’insigne honneur de nous tendre la corde de la miséricorde à laquelle notre instinct de survie nous pousse à nous accrocher pour nous échapper. 

Il serait bon que quelqu’un souffle à l’Univers qu’il existe d’autres façons que l’affliction. À moins que l’on ne tente une pétition ?

En Octobre : écris !

et sache que la plume qui ressemble à un doigt d’honneur, je m’en sers pour écrire mes colères

Pour écrire, il faut du temps, un esprit clair, de la tranquillité, de l’air.

Il faut quitter ses quatre murs qui servent à tout : lieu de vie, de travail, lieu partagé parce que l’inspiration, ça s’aère. Et si l’écriture est solitaire, l’interaction est nécessaire.

Et tu as pu le constater, du moins ici, lecteur notifié, je n’ai pas franchement produit, ces derniers temps.

Bien sûr, il y a ma petite maison d’éditions associative et les ateliers merveilleux que j’ai pu organiser en juillet et en octobre. Mais, crois-le ou non, c’est du boulot, plaisant certes mais à organiser sérieusement. J’y mets mon coeur tout entier et je vois le bien que cela fait aux participants.

Bien sûr, il y a mes clients et leurs demandes de correction, mise en forme voire rédaction de manuscrits (oui, parfois, souvent, je me cache derrière d’autres gens) qui me permettent d’effleurer mon Ikigaï.

Pour autant, ce n’est, pour moi, toujours pas « écrire », ces six lettres que je transpire tant et tant que, lorsque l’on m’interroge sur mon prochain roman, lorsque l’on me demande si je suis en train d’écrire en ce moment, les larmes me viennent, ma parole se suspend.

J’ai besoin d’écrire comme de respirer, comme j’ai besoin de rire et de danser, si je n’écris pas, c’est comme si je n’étais plus tout à fait moi, je cesse de pétiller, je perds l’envie, je suis déracinée. Mais mon temps est grignoté et je n’en trouve plus assez.

Alors j’ai rempilé pour le PNE, j’ai à nouveau envoyé mon dossier qui a été accepté, rendez-vous pour une nuit blanche d’un samedi vers un dimanche.

Et puis, pour la première fois cette année, je participe au Writober challenge. Octobrécrit en français dans le texte. C’est un petit défi : un mot pour cinquante, chaque jour. Un mot imposé par jour sur lequel en produire cinquante, à illustrer ou mettre en scène et à poster sur les Réseaux Sociaux avec le hashtag correspondant. Ça semblait amusant mais, finalement, c’est un peu plus que ça.

Force est de constater que ça redonne de l’élan. Je n’étais pas sans savoir que, écrire, au-delà des indispensables temps, tranquillité, aération (et je ne vous parle pas de COVID, ouvrir les fenêtres n’est pas, ici, suffisant), c’est un peu comme l’appétit : ça vient en mangeant. Cet Octobrécrit, c’est un peu une petite bouchée de pain quotidien qui vous rouvre l’estomac tout en grand.

En ce huitième jour du défi, je m’aperçois que dès que je pose mon trente-cinq fillette sur le lino déjà devenu froid, mon cerveau compose les cinquante mots pour un, sans vraiment y penser. Doucereusement, cela devient une petite routine automatique du matin.

Alors oui, en octobre j’écris, je réhabitue mon esprit, je remets en branle ce qui a fui et je mettrai aussi sans doute ici, quelques-uns (tous ?) des textes que ce joli défi est venu chercher dans les tréfonds de mon esprit.

Ma petite dealeuse de livres

Elle et moi, c’est une histoire de livres, d’art et de boulot. J’arrivais pour un poste de chef de service, elle était déjà là depuis un certain nombre d’années, nous étions deux grosses bosseuses, toujours les dernières à partir, les premières à arriver.

Et puis une fois chacune rentrée chez soi, on se faisait des Scrabble, des concours de rapidité de frappe, le tout en ligne. Une marotte un peu idiote dont on ne parlait à personne pour ne pas passer pour folles.

J’ai découvert mon premier dîner Mille-Feuilles avec elle, grâce à elle qui y était déjà fidèle.

Elle était présente, bien des années après, quand je me suis trouvée de l’autre côté, avec les auteurs. Elle, dans le public à me couver du regard, à m’héberger pour cette nuit incroyable. Elle, me posant des questions de cette fine intelligence que j’admirais, comme si l’on ne se connaissait pas.

On écumait les musées, les expos, profitant des nocturnes qui nous permettaient de flâner après nos journées à déposer des brevets. On allait au théâtre, vivantes et un peu saoules, on a passé un bout de soirée avec Luchini, un soir où il ne voulait pas rester seul après le spectacle… On vivait l’improbable avec légèreté.

Et puis j’ai déménagé.

Ni elle, ni moi n’étions du genre à se donner des nouvelles régulières mais, de loin en loin, l’une pensant soudain à l’autre, nous parvenions à nous dire nos vies par téléphone dans un résumé rythmé, ne gardant que l’important, riant du pire, riant au mieux.

Dans ma boîte aux lettres, je recevais les livres qu’elle estimait que je devais absolument découvrir parce qu’elle savait ce que j’aimais, parce qu’elle avait aimé grandement. Je recevais ces livres, souvent, sans autre raison.

La dernière fois qu’elle est venue me voir, elle avait une pile énorme de livres dans ses bagages, pour moi, pour mon fils… Pas un seul de la pile n’était à côté, tous m’ont charmée, comme à l’accoutumée.

Ne parvenant pas à avoir de ses nouvelles depuis un petit moment, j’ai su, j’ai senti.

Aujourd’hui j’ai insisté sur un autre téléphone que le sien, je savais.

Aujourd’hui j’ai appris que ma petite dealeuse de livres, mon amie, avait choisi que tout ça, ça suffisait.

Alors, aujourd’hui, j’ai envie de lui dire merci, ici parce qu’elle y venait pour me lire… Merci pour tout ce qu’elle m’a donné, pour tout ce qu’elle m’a transmis, merci pour tous nos moments de vie.