Ô limbes

On a tous vécu une fois (façon de parler) une situation qui ne nous convenait pas.

Généralement, quand elle n’est plus pour nous, quand on doit bouger, changer, partir, modifier, l’Univers nous la rend d’inconfortable à douloureuse, ad nauseam. On nous dit de penser que « c’est une leçon », un apprentissage, que tout est pour le mieux et que le meilleur adviendra, surtout, n’oubliez pas de remercier le guide. 

Quelqu’un a-t-il un jour soufflé à l’Univers les bienfaits de l’éducation positive pour le sortir de sa préférence pour l’éducation coercitive ?

L’humain est-il con à ce point qu’il ne puisse avancer autrement qu’à coups de poings ? 

Ne pourrait-on pas imaginer toute autre façon de progresser ? Une échelle de bonheur dont on gravirait les échelons ? 

Ne pourrait-on pas ? Allons, juste pour cette fois, imaginons…

« Bonjour, vous êtes au niveau deux sur l’échelle du bonheur. Nous vous proposons une opportunité, voilà une occasion que nous vous tendons, à vous de la saisir ou non. Excellent choix, Madame Quicampois ! Vous voici donc parvenue au niveau trois ! »

Au fil de nos vies, nous progresserions gentiment, chacun son rythme, de barreau en barreau jusqu’au sommet qui nous correspond. Ou, si nous n’avions pas compris la leçon, nous resterions bloqués en bas, sans plus de façon, sans besoin de PLS et de guérison.

Mais non. L’Univers préfère l’apprentissage par la douleur. Il nous fait brusquement tomber du piédestal sur lequel on croyait avoir été délicatement déposé, là où l’on pourrait enfin se poser, se reposer, tomber l’armure et les épées. 

Puis il nous regarde sombrer, couler bien profond, et lorsque la blessure est béante, ravivant toutes celles du passé, lorsque les viscères sont à terre, prêtes à se putréfier, alors il nous demande de les examiner avec la compétence de l’haruspice.

Et si, par chance, on parvient à comprendre et intégrer, alors, seulement, il nous fait l’insigne honneur de nous tendre la corde de la miséricorde à laquelle notre instinct de survie nous pousse à nous accrocher pour nous échapper. 

Il serait bon que quelqu’un souffle à l’Univers qu’il existe d’autres façons que l’affliction. À moins que l’on ne tente une pétition ?

En Octobre : écris !

et sache que la plume qui ressemble à un doigt d’honneur, je m’en sers pour écrire mes colères

Pour écrire, il faut du temps, un esprit clair, de la tranquillité, de l’air.

Il faut quitter ses quatre murs qui servent à tout : lieu de vie, de travail, lieu partagé parce que l’inspiration, ça s’aère. Et si l’écriture est solitaire, l’interaction est nécessaire.

Et tu as pu le constater, du moins ici, lecteur notifié, je n’ai pas franchement produit, ces derniers temps.

Bien sûr, il y a ma petite maison d’éditions associative et les ateliers merveilleux que j’ai pu organiser en juillet et en octobre. Mais, crois-le ou non, c’est du boulot, plaisant certes mais à organiser sérieusement. J’y mets mon coeur tout entier et je vois le bien que cela fait aux participants.

Bien sûr, il y a mes clients et leurs demandes de correction, mise en forme voire rédaction de manuscrits (oui, parfois, souvent, je me cache derrière d’autres gens) qui me permettent d’effleurer mon Ikigaï.

Pour autant, ce n’est, pour moi, toujours pas « écrire », ces six lettres que je transpire tant et tant que, lorsque l’on m’interroge sur mon prochain roman, lorsque l’on me demande si je suis en train d’écrire en ce moment, les larmes me viennent, ma parole se suspend.

J’ai besoin d’écrire comme de respirer, comme j’ai besoin de rire et de danser, si je n’écris pas, c’est comme si je n’étais plus tout à fait moi, je cesse de pétiller, je perds l’envie, je suis déracinée. Mais mon temps est grignoté et je n’en trouve plus assez.

Alors j’ai rempilé pour le PNE, j’ai à nouveau envoyé mon dossier qui a été accepté, rendez-vous pour une nuit blanche d’un samedi vers un dimanche.

Et puis, pour la première fois cette année, je participe au Writober challenge. Octobrécrit en français dans le texte. C’est un petit défi : un mot pour cinquante, chaque jour. Un mot imposé par jour sur lequel en produire cinquante, à illustrer ou mettre en scène et à poster sur les Réseaux Sociaux avec le hashtag correspondant. Ça semblait amusant mais, finalement, c’est un peu plus que ça.

Force est de constater que ça redonne de l’élan. Je n’étais pas sans savoir que, écrire, au-delà des indispensables temps, tranquillité, aération (et je ne vous parle pas de COVID, ouvrir les fenêtres n’est pas, ici, suffisant), c’est un peu comme l’appétit : ça vient en mangeant. Cet Octobrécrit, c’est un peu une petite bouchée de pain quotidien qui vous rouvre l’estomac tout en grand.

En ce huitième jour du défi, je m’aperçois que dès que je pose mon trente-cinq fillette sur le lino déjà devenu froid, mon cerveau compose les cinquante mots pour un, sans vraiment y penser. Doucereusement, cela devient une petite routine automatique du matin.

Alors oui, en octobre j’écris, je réhabitue mon esprit, je remets en branle ce qui a fui et je mettrai aussi sans doute ici, quelques-uns (tous ?) des textes que ce joli défi est venu chercher dans les tréfonds de mon esprit.

Ma petite dealeuse de livres

Elle et moi, c’est une histoire de livres, d’art et de boulot. J’arrivais pour un poste de chef de service, elle était déjà là depuis un certain nombre d’années, nous étions deux grosses bosseuses, toujours les dernières à partir, les premières à arriver.

Et puis une fois chacune rentrée chez soi, on se faisait des Scrabble, des concours de rapidité de frappe, le tout en ligne. Une marotte un peu idiote dont on ne parlait à personne pour ne pas passer pour folles.

J’ai découvert mon premier dîner Mille-Feuilles avec elle, grâce à elle qui y était déjà fidèle.

Elle était présente, bien des années après, quand je me suis trouvée de l’autre côté, avec les auteurs. Elle, dans le public à me couver du regard, à m’héberger pour cette nuit incroyable. Elle, me posant des questions de cette fine intelligence que j’admirais, comme si l’on ne se connaissait pas.

On écumait les musées, les expos, profitant des nocturnes qui nous permettaient de flâner après nos journées à déposer des brevets. On allait au théâtre, vivantes et un peu saoules, on a passé un bout de soirée avec Luchini, un soir où il ne voulait pas rester seul après le spectacle… On vivait l’improbable avec légèreté.

Et puis j’ai déménagé.

Ni elle, ni moi n’étions du genre à se donner des nouvelles régulières mais, de loin en loin, l’une pensant soudain à l’autre, nous parvenions à nous dire nos vies par téléphone dans un résumé rythmé, ne gardant que l’important, riant du pire, riant au mieux.

Dans ma boîte aux lettres, je recevais les livres qu’elle estimait que je devais absolument découvrir parce qu’elle savait ce que j’aimais, parce qu’elle avait aimé grandement. Je recevais ces livres, souvent, sans autre raison.

La dernière fois qu’elle est venue me voir, elle avait une pile énorme de livres dans ses bagages, pour moi, pour mon fils… Pas un seul de la pile n’était à côté, tous m’ont charmée, comme à l’accoutumée.

Ne parvenant pas à avoir de ses nouvelles depuis un petit moment, j’ai su, j’ai senti.

Aujourd’hui j’ai insisté sur un autre téléphone que le sien, je savais.

Aujourd’hui j’ai appris que ma petite dealeuse de livres, mon amie, avait choisi que tout ça, ça suffisait.

Alors, aujourd’hui, j’ai envie de lui dire merci, ici parce qu’elle y venait pour me lire… Merci pour tout ce qu’elle m’a donné, pour tout ce qu’elle m’a transmis, merci pour tous nos moments de vie.

De L’Hêtre pour l’être

Je lance un projet. Un projet un peu fou et ambitieux, un projet mûrement réfléchi depuis le premier confinement (note, lecteur déconfiné, comme les confinements datent à présent nos événements). 

Je lance un projet un peu fou et ambitieux, donc, une maison d’éditions associative mais pas seulement. Une association de promotion de la littérature et de l’art sous toutes ses coutures. Une association qui proposera des ateliers d’écriture, des stages, des conférences, des concerts, des expositions.

J’ai toute conscience que ce ne serait pas facile, personne n’a dit que ce serait facile. 

Je sais. 

Je sais que des soutiens insoupçonnés viendront, je sais que des portes que j’aurais imaginées ouvertes se claqueront. Je sais que de nouveaux « amis » se déclareront, mus par l’ineffable attraction de l’intérêt tout personnel. 

Je sais. 

Je sais que j’aurai des déceptions cruelles et des peines plein les veines, je sais que ce sera un prisme révélant des anguilles sous les roches. Je sais. Mais j’y vais. 

J’y vais, justement parce que je sais. 

Je sais aussi qu’il y aura des soleils dans les orages, des bonheurs en pagaille, de la foi renouvelée en l’humain, du partage, de l’aventure, de l’émulsion, de la nourriture pour le corps et pour l’esprit. 

Je sais, alors j’y vais. 

Très vite, lecteur curieux, je te présenterai le site et les premiers événements, tu peux d’ores et déjà « j’aimer » la page FB des Éditions de l’Hêtre, une maison qui aime sincèrement les lettres et l’être et pour ce qui est de l’hêtre, si tu me connais, TU sais…

Cérémonie au Haras d’Annecy

Pardonne mon long silence, lecteur papoteur, j’avais des retranscriptions jusqu’au chignon, des projets en ébullition et tout un tas d’autres bonnes raisons de mettre un peu de côté cette partie de mes écrits.

Pour me faire pardonner, je te donne quelques actualités et, surtout, une possibilité de se rencontrer.

Dimanche 27 juin 2021 à 16H00 au Haras d’Annecy

La cérémonie de remise des prix de la poésie récompensant les lauréats des différents concours organisés au printemps dernier dans le cadre du printemps des poètes, promet un joli moment culturel et de partage.

Spectacle, musique, remise des prix, lecture des poèmes sur le désir, le tout en plein air et gratuit.

J’ai appris avec bonheur que mon poème « Le chant du désir » sera lu en ouverture de la cérémonie.

Après la cérémonie (qui devrait durer un peu moins d’une heure) une heure d’échange informel est prévue. Une occasion, donc, de se rencontrer.

Je t’espère présent (tout comme le soleil !).

La danse du renard

J’ai le cycle circadien de travers, 05h00 du matin, mes yeux sont ouverts en semaine comme le week-end.

Ça a commencé quelques jours avant la nouvelle lune et ça semble ne plus vouloir s’arrêter.

Alors, pour ne pas réveiller ceux qui parviennent à roupiller, je me lève et j’en profite pour démarrer ma journée silencieusement. J’allume juste une bougie pour ne pas m’éblouir, je fais mon yoga et je prends tout mon temps pour méditer. Je bois un café, mets quelques miettes sur le rebord de la terrasse pour le rouge-gorge qui ne manque pas de me rappeler à l’ordre si ce n’est pas fait et, si le cœur est encore endormi, je l’éveille en musique, discrètement et directement soufflée dans mes oreilles.

Le dimanche, je l’ai déjà écrit, le silence à cette heure est particulier, plus profond et plus beau que n’importe quel autre jour, plus profond et plus long, chacun faisait la grasse matinée.

J’ai laissé le hasard décider pour la musique qui ouvrirait ma journée, c’est Flying qui a chuchoté. Je ne sais si pour toi, lecteur musical, c’est pareil mais les envies, l’énergie sont différentes selon ce qui rythme mes oreilles. Flying et son crescendo, c’est une invitation à la marche, à la forêt qui vient me prendre le corps irrépressiblement. Alors je me suis envolée, dans le jour pas encore tout à fait levé, j’ai enfilé mes baskets et me suis envolée vers mon hêtre.

J’ai marché, saisie par le froid, j’ai foncé pour ne pas geler, cherchant des réponses, quémandant un signe de la forêt pour éclaircir mes idées, j’ai marché à en courir, j’ai marché pour me nourrir, écoutant le réveil de la nature, guettant je ne sais quoi, jusqu’à ce qu’il apparaisse devant moi. Un renard. Un renard magnifique qui glissait à l’orée du bois avec la tranquillité furtive propre à son espèce, avec la détermination mue par son seul instinct.

Je l’ai suivi à distance, me faisant légère et silencieuse, petits pas de chat, souffle discret, il ne m’a pas remarquée. Une dizaine de mètres, le vent était dans le bon sens. Et soudain, son échine s’est dressée, il savait. Il a fait volte-face et m’a regardée. Sans la moindre crainte, il m’a inspectée, museau humant l’air, je n’ai pas bougé. Ses yeux dans les miens, mes yeux dans les siens, nous sommes restés immobiles à nous contempler. Puis il a repris son chemin sans la moindre précipitation, le pas sautillant, sa queue balançant doucement dans le vent, je l’ai observé s’éloigner sans plus chercher à le suivre, son message était délivré : le goupil c’est la légèreté. Je l’ai remercié. C’est bien de ça dont j’avais manqué, de ça et de cette pointe de n’importe quoi qui fait pourtant d’ordinaire partie de moi.

Alors je me suis exécutée, dans cette forêt glacée, battue par la bise et par moins cinq degrés, j’ai branché les écouteurs de mon téléphone, lancé ce qui s’y trouve de plus gai et j’ai dansé. Oui, j’ai dansé, là, à 6h00 du matin, seule, au milieu de la forêt et sur tout le parcours du retour, j’ai allégé tout ce qui était un peu plombé, j’ai attrapé la vie, la joie, j’ai renoué avec mon animalité, j’ai dansé. 

Et j’ai remercié l’humain d’avoir pour habitude de dormir le dimanche matin afin que seule la nature ait assisté à ma délirante danse. 

Le poids du pourquoi

Lorsqu’un projet t’anime, quel qu’il soit, ne laisse personne te demander pourquoi.

Lorsqu’une envie viscérale te prend le ventre et le cœur, ne laisse personne te demander pourquoi. 

Le pourquoi vient remettre en cause la légitimité de ton projet, insidieusement, mais réellement. Le pourquoi n’a pas d’objet.

Le pourquoi est toujours accompagné de sombres projections et de « mais ».

Le pourquoi n’accompagne pas, ne souffle pas dans ton dos et sur tes ailes, le pourquoi n’a même pas à exister si toi, tu sens, tu sais. 

Lorsqu’un projet t’anime, quel qu’il soit, tourne-toi vers ceux qui t’y poussent sans te demander pourquoi.

Si l’aventure te fait vibrer de tout ton être, c’est là sa seule raison d’être. 

Alors lance-toi, cherche comment la réaliser et non comment y renoncer si toutefois ça ne marchait pas. Cette question-là n’existe pas. Pas encore, peut-être jamais, alors chasse-la. Ce « si » n’est bon qu’à faire chanter les abeilles, à ouvrir la porte au doute, au renoncement, avance, regarde droit devant. 

Lorsqu’un projet t’anime, quel qu’il soit, regarde seulement s’il t’amène de la joie et ne te justifie pas. Et élance-toi de tout ton être sans te laisser demander pourquoi, personne n’en a le droit.