Prix de la nouvelle érotique : résultats !

Après presqu’une année, les résultats tant attendus du Prix de la Nouvelle Érotique sont enfin tombés en cette fin de journée, par surprise, comme de bien entendu.

Ne crois pas, Ô lecteur impatient, que je vais te livrer tout ça dès le préambule de l’article, des mois que l’on patiente à se demander s’ils finiront par arriver, à ton tour de ronger un peu ton frein.

Depuis mars, d’attentes en rebondissements, quelques messages lénifiants nous arrivent pour nous enjoindre à patienter. D’abord le confinement qui se prêtait mal à la proclamation d’un résultat couronnant un érotisme ardent (avouons que ça se discute, qu’avions-nous de mieux à faire en cette période, enfermés et avec tout plein de temps à revendre, que de nous livrer à nos envies à l’envi, ad libitum en somme ? Mais soit, ça se comprend).

Puis, post confinement, toute la difficulté de réunir un jury aussi talentueux qu’éclectique et d’âge varié, d’aucuns préférant du présentiel (pour de l’érotisme, c’est peut-être en effet mieux), d’autres de la Visio (on sait aussi combien la vidéo peut avoir son charme en bagatelle), les deux points de vue s’entendant.

Et puis, lecteur qui, je le sens bien, prend la diagonale-lecture-rapide pour en venir au coeur du sujet (enfin, du résultat), un petit changement de présidence du bureau associatif avec tout ce que cela peut comporter de complexité, et nous voilà passant de report en report, avec du « bientôt » dedans digne d’une composition de bac philo : « qu’est-ce que « bientôt » au regard de la relativité temporelle ? Vous avez quatre heures ».

Le problème avec l’attente, c’est que ça finit par créer des attentes. Et, entre la nuit de ma participation et les résultats, j’ai fini par concevoir des espoirs que je n’avais pas au départ. Si ma sélection parmi les trente finalistes m’a surprise (rappel des faits : j’avais failli jeter l’éponge suite à une grippe carabinée et une fièvre aussi inhabituelle que violente, j’étais déjà juste ravie d’être parmi les 233 sur 300 à être allés au bout et d’avoir renvoyé quelque chose dont je n’avais pas honte), tout ce temps a créé comme une possibilité, une ouverture, un possible.

Alors, quand après des mois d’attente, un petit message annonçant que les résultats étaient dans nos boîtes mails, mon coeur s’est emballé (le coeur a ses raisons. et elles sont parfois très cons…) et j’en ai oublié le rêve que j’avais fait. Pour être totalement honnête et ouverte, j’ai même un peu (carrément) fait l’enfant autruchier en traînant des pieds (enfin des doigts) pour lire ladite missive électronique, cherchant soutien ici et là pour ne pas l’ouvrir seule, à un cheveu de supplier quelqu’un de le faire pour moi.

Toute à mes battements tachycardiques, j’ai donc oublié le rêve d’il y a peu, et ceux qui me connaissent savent combien mes rêves ne se trompent (presque) jamais, combien ils m’annoncent bien des vérités (parfois fort inconfortables pour moi, parfois plutôt pour les autres qui, de ce fait, ne peuvent pas tellement me rouler dans la farine de la duplicité), j’ai rêvé donc, des résultats.

Dans mon rêve, comme le Jury n’avait guère trouvé le moyen de se réunir et débattre, les Avocats du Diable avaient proclamé le lauréat et ceux qui auraient la joie de faire partie du recueil, un peu à la va-vite face à la pression des participants aux abois, limite tirage au sort : « faut leur donner un truc, les gars, un résultat, là, on ne les tient plus on ne les tient pas, on y va, quoi ».

En revanche, une secrétaire sans doute zélée et Microsoft-addicted avait pris soin de faire un magnifique (!!) powerpoint envoyé à chacun des écrivains nocturnes lesquels, d’un doigt impatient, devaient glisser d’une vignette à l’autre pour découvrir de tout aussi magnifiques (réexclamons-nous) illustrations avec titre de la nouvelle et nom de l’auteur pour découvrir si oui ou non ils étaient dedans. Et j’avais beau glisser et glisser encore mon doigt tremblant, point de « Sas d’entrée » (titre, lecteur au sens déductif aiguisé, de ma nouvelle encore en lice). Je me suis réveillée triste et désolée, espoirs piétinés.

Si mon songe s’est avéré délirant concernant la présentation sus-citée (et c’est mieux, hein, soyons francs), point de power point (à dire sans l’accent, je sais c’est navrant), il n’a pas été détrompé quant aux résultats. Je n’en suis pas (tu vois ? Tu l’as ta réponse, lecteur agacé par mes circonvolutions et autres explications empesées).

La bonne nouvelle, c’est que je vais pouvoir prendre le temps de décider de comment je vais utiliser ces deux nouvelles (la mienne, le sas d’entrée ; et le résultat qui a sans aucun doute quelque chose à m’apporter ).

Et puis, soyons fous, je vais m’inscrire à nouveau pour cette année.

(Vous pouvez lire la nouvelle récompensée ici : https://lesavocatsdudiable.tumblr.com elle mérite et je la félicite de tout mon coeur)

La plume en l’air

Il y a quelques jours, je m’agaçais sur les réseaux sociaux. J’y poussais un coup de gueule (ce qui est plutôt rare de ma part) et pensais qu’il serait assez succinct si bien que je le posais là et non ici où, généralement, je prends le temps de développer un peu plus ce qui me fait ratiociner.

Pour autant, m’apercevant à la fois que, décidément je ne saurai jamais me contenter de faire court quand je suis emportée et que ce texte a eu une sacrée portée, je le remets ici parce que, comme tu le sais, je ne suis pas une Face-Fille-facile et que, conséquemment, il n’est accessible que dans l’entre-soi de mon cercle de contacts (même si, pour une fois, j’ai quelque peu élargi la confidentialité de la publication sus-citée).

Je le remets donc ici puisque je l’avais omis, en le développant un peu plus avant (tout petit peu plus) parce que je ne suis pas loin d’être persuadée que c’est une problématique sur laquelle il est nécessaire de se pencher (sans chuter) :

On peine sérieusement à vivre de sa plume, on fait de l’alimentaire à côté parce que ça ne paie pas les croquettes d’Huxley (d’autant que le lapin les lui descend aussi sûrement que l’on descend aux enfers), on se fait une raison parce que l’on sait que très rares sont ceux qui parviennent à en vivre et on s’acquitte du reste avec entrain et coeur parce que, quand on met du coeur, ça rend les choses plus légères.

Parallèlement, on trouve des idées pour tout de même allier passion et remplissage du frigo (et du bol du lapin-chat), on se torture le ciboulot, on devient créateur au lieu de râler. Et, du coin de l’oeil, on guette les opportunités, les demandes de rédaction, les appels à textes, on garde la plume en l’air, prête à être dégainée.

Or, de plus en plus de webzines et autres éditions en ligne (et même certaines faites de ce bon vieux et odorant papier) proposent des appels à textes en mode concours avec pour seule récompense à la clé la « gloire » de voir son petit texte publié, champagne les gars. Du contenu gratuit, des textes à moindre frais.

Hier soir, encore mieux, je tombe sur cet appel à « poèmes » où il est demandé des textes courts qui seront apposés sur des montres commercialisées avec, pour tout salaire du travail que la marque estime mériter, une invitation à l’événement de lancement de ladite collection de montres (j’ai posé des questions pour bien m’en assurer).

Malin, non ? Pas besoin de payer du droit d’auteur, pas de cession des droits de propriété intellectuelle, rien, du gratis, de l’économie de créativité, bien joué ! Je présume que celui qui a dessiné le modèle, lui, ne sera pas juste invité à boire une coupette (je suppute également qu’ils n’ont pas fait d’appel à champagne en promettant au vigneron qu’il aurait la chance d’être de la fête s’il fournissait des bulles à toute l’assistance)…

Les auteurs sont pour la plupart en précarité et notamment parce que l’on estime que le travail d’écriture ne mérite pas de rémunération autre que celle de cette petite gloire éphémère, cette substantielle nourriture égotique et ça fonctionne très bien parce qu’il y a mille personnes en mal de reconnaissance pour accepter ces conditions qui plombent encore plus un métier déjà affreusement et de plus en plus mal rémunéré. Même les poètes maudits parvenaient à assurer un minimum leur pitance en vendant quelques textes, de ci de là, à des journaux, aujourd’hui ce n’est plus le cas, ça n’existe même pas.

De même, alors que je monte des ateliers littéraires et peine à trouver un lieu, les seuls ayant jusqu’alors répondu positivement l’ont fait sous la condition impérieuse que j’offre mes services à titre gracieux, de l’animation bénévole pour des communes en mal de culture et d’idées.

En acceptant ce type de conditions, en répondant à ces appels, on fait partie du problème, on l’entretient et on dit haut et fort que oui, le travail d’écriture c’est juste un putain de hobby.

Je ne blâme pas la marque et c’est pourquoi je ne la citerai pas. Je ne la blâme pas car, au fond, elle n’est pas à blâmer. Pourquoi aligneraient-ils une part de leur budget pour des poèmes quand il leur suffit de lancer un tel appel pour en avoir à profusion, gratis ? Franchement, si on propose du pain gratuitement, peut-on en vouloir à celui qui en veut de ne pas se rendre chez celui qui en vend contre un vrai paiement, fut-il mérité ? Non, le noeud gordien vient de celui à qui suffit quelques flagorneries.

Voilà, je suis juste en colère.

Ce problème, je le sais, existe pour d’autres métiers artistiques (photo, musique), et nombreux sont ceux qui, en commentaires, ont fait écho à ma colère. Alors réfléchissez bien à chaque fois que vous participez à ces appels… les lancez ou les relayez…

Il ne faudra pas s’étonner le jour où le métier d’auteur/écrivain/romancier aura cessé d’exister.

Âme mnésique

Il suffit parfois d’un rien pour qu’un souvenir nous revienne.

Il suffit d’un rien, pour certains d’une simple madeleine.

Il suffit parfois d’un rien pour qu’un souvenir revienne.

D’une simple image, puis d’une conversation autour d’icelle, pour qu’un souvenir revienne.

Et du souvenir, un enchaînement, une compréhension sur un cheminement de pensées.

Il suffit parfois d’un rien pour qu’un souvenir nous revienne et je dois le mien à Ina Draule, avec qui j’ai sympathisé lors de ma participation au Prix de la Nouvelle Érotique (dont on attend toujours les résultats, tu n’as pas raté cet épisode-là).

Il suffit parfois d’un rien pour qu’un souvenir nous revienne, là, c’était une photo qui m’a rappelé un tableau préraphaélite « Ophélia » de John Everett Millais et sur les préraphaélites nous avons alors devisé.

Ophelia de john everett millais

Je lui ai fait part de ma fascination pour ce courant pictural lorsque j’étais enfant, j’avais tout juste dix ans. J’avais affiché « Ophélia » dans ma chambre et, sur le mur le jouxtant, « L’âme de la rose » de John William Waterhouse, ma tête de lit se trouvant encadrée de ces deux oeuvres.

L’âme de la rose de John William Waterhouse

Si la fascination couplée à une forme de sidération peut s’expliquer de manière irréfragable par une forme de curiosité morbide pour « Ophélia », l’obsession pour les mains, la peau et les joues de la femme représentée dans « L’âme de la rose » est plus complexe. Je pouvais la regarder durant des heures, comme hypnotisée. J’étais captivée par les jointures si roses des mains de la femme et de ses joues. Je me disais que si je parvenais à reproduire des mains aussi belles, avec ce rose incroyable…

Mais surtout, tout ce que contenaient ces mains roses : on ressentait, juste en regardant ces mains, le froid matinal du jardin, la rosée, l’émotion de celle qui s’enivre du parfum de la rose et, par extension métaphorique (les préraphaélites ne faisaient pas dans le tableau léger), qui s’enivre de tant d’autres choses : d’interdits (avec ce mur en sus), de sensualité, de désir.

En me remémorant ces affiches collées sur les murs de ma chambre d’enfant et cette fascination pour « L’âme de la rose » avec la rose, le rose de ce corps et la sensation de rosée matinale, il ne me paraît plus si mystérieux que le titre « Les fleurs roses du papier peint » me soit venu en premier, avant même le premier mot d’un contenu, la première idée d’une histoire.

Il suffit parfois d’un rien pour qu’un souvenir nous revienne, et du souvenir et un enchaînement, une compréhension sur un cheminement de pensées. Un rien, l’âme d’une rose, une âme mnésique.

 

 

 

Quand les coquecigrues ne passent plus

Lorsque mon fils me demande la définition d’un mot, j’ai pour habitude de l’envoyer voir La Rousse…

Non pas que je ne sois pas en mesure de lui répondre mais parce que, lorsque le cerveau cherche une réponse par lui-même, il enregistre sur le long terme tandis que si ladite réponse lui est fournie toute cuite dans le bec du préfrontal, il oubliera même s’être un jour posé la question.

Et puis, lorsque l’on cherche dans une encyclopédie ou un dictionnaire (plutôt qu’en mode Google-is-your-friend), en faisant virevolter les pages, nos yeux absorbent tout un tas d’autres mots, d’illustrations et, pour peu que l’on soit un peu curieux, on s’y attarde, on y flâne et par un doux hasard il se peut que l’on apprenne deux, trois trucs en plus.

Hier soir, cet enfant qui dévore des livres comme d’autres engloutissent des friandises, voulait connaître ce qui se cachait derrière « coquecigrue ». Ne dérogeant pas à la règle sus-citée, je l’envoyai, un sourire de ravissement flanqué sur le visage (j’aime ce mot), jeter un oeil dans le mille-feuilles des connaissances.

Tout en cuisinant, je l’écoutais d’une oreille énoncer à haute voix les mots qui devaient logiquement précéder ou suivre le terme recherché. Mais point de « coquecigrue ». Et comme « rien n’est jamais perdu tant que maman n’a pas cherché », j’entrepris à mon tour de feuilleter l’ouvrage, en vain.

Coquecigrue n’est plus. Coquecigrue a disparu. On ne regarde plus passer les coquecigrues, on n’attend plus les coquecigrues, les coquecigrues ne passent plus.

Je ne suis pas sans savoir que, chaque année, des mots entrent dans le dictionnaire, des nouveaux mots, de la novlangue et, contrairement à d’autres amoureux de la littérature, je n’ai rien contre, le langage doit évoluer tout comme évolue nos us et coutumes, et j’emploie plus qu’à mon tour ces derniers lorsqu’ils sont appropriés (et aussi pour ne pas passer pour une intello-snob qui use et abuse de mots complexes pour se la péter).

Mais, si chaque année est édité la liste des mots ajoutés, nul hommage n’est rendu à ceux qui sont décédés, poussés, virés, décapités, boutés hors des références, sacrifiés pour laisser place.

Et au fond, pourquoi ces nouveaux mots ne pourraient-ils pas venir juste nourrir le dictionnaire ? S’ajouter au lieu de se suppléer ? Enrichir ?

Parce que si certains nouveaux mots me semblent indispensables pour définir nos nouveaux comportements, les anciens, tels que coquecigrue et tant d’autres, ont à mon coeur une chaleur, à ma bouche un bonheur, le tout créant une sensation proche de celui éprouvé à déguster certaines pâtisseries. Certains mots ont à mes oreilles un frisson tant ils paraissent inégalables à mon cerveau lorsqu’il s’agit de choisir la juste description.

Fort heureusement j’ai, dans ma bibliothèque, une antique Rousse de 1922 et un dictionnaire des synonymes de 1977 dans lesquels rien ne saurait disparaitre.

 

Mes églises

J’avais besoin de murmurer à l’écorce, de confier-déposer à la sève de mon hêtre, d’écouter ce que ce bout de forêt avait à me dire, à me montrer.

Une fois passée l’orée, un campement de scouts, vision improbable au milieu d’un si petit bout de forêt, envahissant chacun de ses recoins de leurs tentes, de leurs vêtements pendus aux branches, des ordres lancés-criés, on repassera pour la tranquillité…

Mais j’avais besoin de murmurer à l’écorce, de battre mon cœur au tronc, message en morse, demande codée, alors j’ai continué espérant que leur babil ne troublerait pas les ramifications de notre silencieux conciliabule, de notre tête à tronc.

Alors que je déposais tout mon corps contre lui, alors que je collais mon oreille pour l’entendre crépiter, alors que j’écoutais les mouvements de son houppier, un rap insipide et hurlant s’est mis à résonner, accompagné par les voix dissonantes de quelques scouts en pleine mue vocale.

J’ai lâché mon étreinte et fendu les ronces pour un coup de semonce, je me suis enracinée droit devant eux et sans respirer, je leur ai lâché :

« Où pensez-vous être ? Vous êtes dans une forêt, un refuge, un lieu de paix où la nature frémit, vit et chuchote. Vous y êtes sans respect. Vous devriez entrer dans la forêt comme on entre dans une église, avec le même silence, la même déférence.

Car quel que soit votre Dieu, il est ici plus que dans n’importe quelle église, il est dans chaque brin d’herbe et chaque souffle de vent, chaque murmure et chaque bruissement. Il est là, votre Dieu, frôlé par les branches tendues vers les cieux, parce que c’est son église, pas celle construite en pierre par les hommes cherchant rédemption pour leurs actes monstrueux. Non, ici, c’est sa construction, son édifice.

Ça vous viendrait à l’esprit de mettre du rap au milieu de la nef ? En pleine messe ? »

J’ai avalé ma salive, repris mon souffle. Ils m’ont opposé le silence de leur incrédulité tandis que je repartais sans savoir si mes mots auraient quelque écho.

Et cesser de s’ombrer

Elle m’a dit ne pas oser, se cacher, alors même que ça la faisait vibrer.

Elle m’a dit complexer, ne pas vouloir exposer ce qui l’animait, la faisait palpiter.

Je lui ai dit que je comprenais, Ô combien, je comprenais.

Putain, pourquoi continuer de s’emmerder, s’interdire, se planquer, s’empêcher ? Pour les autres, de peur d’être trop ou pas assez, de peur d’être jugé pédant ou trop discret, vantard ou timoré ?

Par peur de qui ? Par peur de quoi ? Par peur des autres ou bien de soi ?

Par quelle crainte absurde choisit-on de s’ombrer au risque même de sombrer faute d’avoir été ?

Il est temps d’être et d’oser, il est temps d’être en entier, de prendre sa place sans avoir à la réclamer, sans avoir peur de vexer, gêner, fâcher.

Tant que l’on est droit, tant qu’il y a l’honnêteté, tant que l’on est, tant que l’on fait, être n’a rien de déplacé, tenter, essayer, dire, exprimer, montrer, ne devrait jamais effrayer.

Il est temps d’être pour ne pas regretter de n’avoir pas été.

À livre ouvert

Je vous vois.

Je vous vois comme je ne vous ai jamais vus auparavant.

Je vous vois avec tout ce qui vous compose, vos intentions bonnes ou mauvaises en fanion sur vos visages comme autant de néons.

Je vous vois.

Est-ce le temps qui nous a séparés des mois durant ? Est-ce l’accélérateur du confinement ? Je l’ignore mais je vois chacun de vos louvoiements,

Chacun de vos mots, chaque infime expression de vos yeux, de votre bouche dissimulatrice, me parlent clairement.

Vous pouvez enrober de fla-fla, vous pouvez décorer de douces flagorneries, vous pouvez vous faire cauteleux, vous pouvez feindre autant que faire se peut, cela n’a aucun effet sur moi, je vous vois.

Je sais ce qui vous anime, je vois votre conscient et votre inconscient, je vois chacun de vos sentiments.

Je vous vois.

Je vous lis à livre ouvert et referme, conséquemment, avec le soulagement de celui ou celle qui se libère du moindre faix, de celui ou celle qui ne perd plus son temps, tout ce qui ne sied pas à la véracité des sentiments.