Coléoptère

il est temps

Tu l’as brûlée ta carapace, piétinée, déchirée puis brûlée.

Alors maintenant, il va falloir apprivoiser le bon comme le mauvais.

Elle avait son utilité, ta carapace, elle te protégeait du pire, du violent, du tourment, du/des maltraitant(s).

Elle avait ses raisons, ta carapace, les raisons du passé.

Elle avait du brillant, cette carapace, des dorures et des diamants pour éblouir le chaland.

Elle avait ses défauts, ta carapace : elle te coupait du corps, du coeur et des sentiments. Elle gênait les ailes et les élans.

Tu t’es d’abord déshabillé, pour reprendre du corps, renaître au corps, sentir, effleurer, toucher.

Tu as ensuite ouvert un espace entre tes veines, ces autoroutes qui mènent au coeur, tu as jugé ça déjà bien assez vaste, tu as marqué un temps qui t’a semblé une vie quand ce n’était qu’une heure.

Et à présent tu découvres les antres de ton âme, maintenant qu’elle est tout à terre, la carapace. Tu découvres des parts de toi inexplorées, pas toutes glorieuses, pas toutes aimées, tu flippes un peu (avoue), tu es paumé.

Regarde le cadavre de ton inutile carapace, il est grand temps de l’abandonner, plus que temps d’y croire et de s’abandonner.

En l’air

En l’air

Ne faites pas de promesses en l’air, ne me dites pas que vous serez là, que l’on fera ceci ou cela…

Je suis comme une enfant, je vous crois, je vous espère.

Ne promettez rien dont vous ne soyez certain. Je fais des plans, pas sur la comète, seulement dans ma tête…

Ne me donnez pas d’espoirs si c’est pour les décevoir.

Ne dites rien dont vous ne soyez certain. Je préfère vous voir vous taire que de me sentir à terre.

Pesez vos mots, n’en prononcez pas un de trop.

Ne proposez rien dont vous ne soyez certain. Je préfère décliner de peur d’être blessée.

Ne me soufflez pas que cela vient de moi, je ne changerai pas.

Je continuerai de croire avec cette naïveté qui permet d’aimer.

 

(F)BFMTV

je n’ai pas la télé

24h, il m’aura fallu 24h pour avoir la nausée, pour saturer.

Comme à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux (même si soyons francs et convenons-en, il y a rarement autant d’engouement dans le comm’ et le partage pour les heureux événements), j’ai eu la sensation de voir, sous mes yeux, mon fil d’actualité se muer en BFMTV.

Et je n’ai pas la télé.

24h pour que l’info, répétée en boucle, sous tous les angles, tous les supports (vidéo, photos, tableaux, livres, citations) commentée par les uns, les théoriciens, les polémistes, les analystes auto-proclamés, finisse par imploser pour que sa substance même disparaisse et ne laisse place dans ma tête qu’à un brouhaha ineffable, des acouphènes, des parasites. Et puis, la saturation jusqu’à la nausée.

De l’info en continu, du (F)BFMTV.

Et je n’ai pas la télé.

Alors, comme à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux , j’ai filtré, coupé, court-circuité, arrêté de lire et de regarder.

Ne te trompe pas, lecteur, j’ai été, comme d’autres et comme à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux, profondément touchée. C’est un lieu que je connais bien, où j’allais souvent, que j’aimais vraiment et à propos duquel j’ai tant lu, autour duquel j’ai tant vécu.

Mais je n’allume pas BFMTV, d’ailleurs, je n’ai pas la télé.

Parce que je ne peux avaler de l’info matraquée, de la réaction dacryphilique et instantanée en continu, en mode BFMTV, t’ai-je dit que je n’ai pas la télé ? Parce que ma « coulpe » est vite pleine et qu’à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux, l’info est déjà si énorme qu’elle se suffit à elle-même, à tout le moins dans un premier temps. Parce qu’entre deux, j’ai besoin de digérer, penser, distancier ce que je ne peux, de mes bras menus, changer. Sans quoi je perds la lumière que j’ai eu tant de peine à préserver.

Alors, comme à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux, je préfère le silence.

 

Tous les matins du monde

Tous les matins de mon monde

On a recommencé.

On a recommencé parce que la folie ça s’entretient, parce que l’on doit aller chercher la magie dans le quotidien, qu’il n’est pas question d’attendre qu’elle vienne nous chercher par la main.

On a recommencé.

On a recommencé et j’ai pensé que ce serait plus aisé, que le réveil serait encore plus léger, que ça piquerait chaque jour un peu moins.

On était plus nombreuses, mais ce matin ce n’est pas de nous que je vais te parler, lecteur, pas d’elles, pas de mes soeurs de coeur, je l’ai fait hier et leur ai redit mon bonheur aujourd’hui.

Non, je vais te parler de cette arrivée en ville alors qu’il fait encore nuit.

Je vais te parler du silence que brisent à peine nos voix, du parcours sur le pont qui mène à leur voix, à eux, à celles des artistes venus encore plus tôt que nous pour célébrer le soleil devant un parterre de cygnes endormis.

Je vais te parler de la beauté de découvrir leur silhouette à mesure que le jour se lève sur leurs mesures, de distinguer chaque minute un peu mieux leurs traits et les traits de leurs accords, de voir les oiseaux s’éveiller sur le rythme doux de leurs envolées.

Je vais te dire combien les spectateurs s’arrêtent de respirer quand les musiciens marquent une respiration.

Je vais te conter ce mélange incroyable du piano de Joanna Goodale et de la kora de Sankoum Cissokho, de l’harmonie parfaite de leurs voix, des rayons du soleil en équilibre sur la partition, de cet astre majestueux entre les pieds du piano comme une apparition .

Oui, on a recommencé, on est revenu aux bains des Paquis pour une nouvelle Aube Musicale, et je crois bien que je pourrais démarrer de cette manière-là tous les matins de mon monde.

Le prochain

Plongeras-tu avec moi ?

C’est revenu, c’est là, comme un battement de coeur, un rythme cardiaque qui s’emballe.

C’est revenu, un battement de coeur, un battement d’ailes qui palpite entre les omoplates.

C’est revenu, un battement d’ailes, une nitescence, une brûlure incandescente qui enflamme la pulpe des doigts.

C’est revenu, c’est là. L’envie, le besoin, la nécessité d’à nouveau poser sur le papier, d’aligner, de vider ce qui agite mes pensées.

C’est revenu, je ne sais ni comment, ni pourquoi maintenant.

Est-ce le soleil, la danse, les yeux de chat ? L’envie de vivre, de faire n’importe quoi ?

Je l’ignore mais c’est là. L’envie, le besoin, la nécessité, à nouveau de me coucher sur le papier.

Il me réveille, il vole mon sommeil, il chuchote à mon oreille qu’il est là à un ou deux pas.

C’est revenu. J’ai un titre, un début, une fin, c’est revenu ou plutôt ça revient.

Il n’est plus très loin, le prochain…

Seras-tu là ?

Plongeras-tu avec moi ?

Sur le frigo

Des fleurs dans le métro parisien

Elle m’a écrit, elle m’a envoyé un message court, simple, percutant.

L’un de ces messages qui t’envoient en l’air et bouleversent un peu tes projets, ton chemin.

Elle m’a écrit quelques mots sur mes mots.

Quelques uns de ces mots qui t’alignent, te ramènent à ce que tu avais un peu oublié, ce que tu avais un peu laissé de côté juste parce que ton combat était ailleurs et sans doute aussi parce que cette bataille-là te semblait terminée.

Elle m’a percutée sur une ligne entrecoupée d’un point qui lance un début, elle m’a redonné un souffle sur une exclamation.

Elle a écrit : « T’es une écrivaine. Une vraie de vraie ! » depuis un train et la page 100 des « Fleurs roses du papier peint« .

Et depuis le métro, elle a enchaîné. Elle a parlé de Gilda qui lui rendait sa respiration, elle a dit qu’il fallait se battre pour ce livre, encore et encore, elle a dit qu’elle m’aiderait, qu’elle y croyait.

Et j’ai pensé : elle a trouvé un vieux dessin et l’a accroché sur le frigo…

Ce roman est sorti il y a un an, je l’ai laissé vivre sa vie, j’ai lu tes retours, tes commentaires, lecteur extraordinaire, je m’en suis réjouie. J’étais heureuse et satisfaite parce que c’était déjà plus que beaucoup, et puis le temps, la vie, les rebondissements et parfois quelques ennuis, d’autres projets, une autre vie, avancer sans se retourner.

Elle m’a écrit avec enthousiasme et foi en moi. Elle m’a forcée à me retourner et à penser, qu’en effet, cette histoire-là n’est peut-être pas terminée, que Mildred peut encore grandir, pousser, aller te conquérir sur une plus grande portée.

Il y a des rencontres qui t’envoient en l’air et bouleversent un peu tes projets, ton chemin.

Il y a des rencontres qui, en plus de te remplir le coeur, te poussent à aller encore plus loin.

Il y a des rencontres qui sont deux mains : une qui se saisit de la tienne ; l’autre, paume vers le ciel, qui te tend très exactement ce dont tu as besoin.

Il y a des rencontres qui sont demain…

 

Danser la vie

Salomé

Il y a toujours un moment, où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où, le trop plein, le quotidien, la morosité, appelez ça comme vous voudrez, ce diable qui vous attrape par les chevilles et tente de vous entraîner là, au fond, tout au fond, aux tréfonds, un moment où ce diable fait face à elle, à ce moment où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où je sais, un moment où je sais et où je sens sa force, son pouvoir de résilience, sa lumière, sa transe, au moment où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où elle dépose un frisson, un frisson à mes pieds, un doux frisson qu’elle fait remonter autour des malléoles comme un baiser papillon, un imperceptible frisson, ce moment où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où je sais, un moment où je sens.

Il y a toujours un moment où elle enserre mes mollets de ses doigts longs, taquine mes genoux comme pour en tester les réflexes rendus mous, avant de se faufiler un peu partout et jusque dans mon cou, c’est maintenant, c’est ce moment où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où je sais, où je sens plus violemment.

Il y a toujours un moment où dans mon ventre, dans mon bassin, dans mon dos, dans mes jambes, elle se glisse comme dans une antre, ce moment où elle m’appelle et me chuchote à l’oreille :

« Danse, danse, ici, là, maintenant et n’importe quand mais surtout danse immédiatement. Danse, lâche les cheveux, lâche les chevaux, danse, danse, car c’est ainsi que tu panses, c’est ainsi que tu penses. »