Fragile

Attention, fragile

Te souviens-tu, lecteur cinéphile, de cette phrase prononcée par l’éditeur du héros dans « Casse-tête Chinois » de Klapisch ? En visioconférence, il lui lançait que le bonheur n’avait rien d’intéressant, que seul le drame pouvait donner des romans et ajoutait même que la vie, c’est le drame.

Pourtant….

Il est intéressant le bonheur parce que, paradoxalement, il est porteur de tourments.

À moins d’être né dedans, dès que l’on touche le bonheur, viennent d’étranges sentiments angoissants et, en premier lieu, celui de le perdre.

Car bien vite, on s’aperçoit de sa fragilité, c’est un fil, un simple fil de soie qui peut se rompre sous un geste, un étirement à distance, un souffle, un rien.

Il est précieux le bonheur et, comme toutes choses précieuses, il convient de le protéger. Il ne suffit pas de le vivre pleinement, il faut aussi veiller dessus comme l’on veille un enfant.

On ne le laisse pas en friche, le bonheur, on n’y déverse pas n’importe quoi (je viens de vivre un traumatisme odorant d’épandage à deux pas de chez moi, ceci explique cette métaphore-là).

Non, on l’enrichit, on l’aère, on le nourrit car il n’est jamais définitivement acquis.

Le bonheur, c’est un feu de joie et, comme tout feu, il peut s’éteindre si tu ne l’entretiens pas.

Il n’est pas toujours confortable, le bonheur, il ne faut pas s’endormir dessus.

Alors oui, n’en déplaise à ce personnage, le bonheur est intéressant, comme tous les paradoxes, comme tout ce qui entraîne une danse des sentiments.

Coléoptère

il est temps

Tu l’as brûlée ta carapace, piétinée, déchirée puis brûlée.

Alors maintenant, il va falloir apprivoiser le bon comme le mauvais.

Elle avait son utilité, ta carapace, elle te protégeait du pire, du violent, du tourment, du/des maltraitant(s).

Elle avait ses raisons, ta carapace, les raisons du passé.

Elle avait du brillant, cette carapace, des dorures et des diamants pour éblouir le chaland.

Elle avait ses défauts, ta carapace : elle te coupait du corps, du coeur et des sentiments. Elle gênait les ailes et les élans.

Tu t’es d’abord déshabillé, pour reprendre du corps, renaître au corps, sentir, effleurer, toucher.

Tu as ensuite ouvert un espace entre tes veines, ces autoroutes qui mènent au coeur, tu as jugé ça déjà bien assez vaste, tu as marqué un temps qui t’a semblé une vie quand ce n’était qu’une heure.

Et à présent tu découvres les antres de ton âme, maintenant qu’elle est tout à terre, la carapace. Tu découvres des parts de toi inexplorées, pas toutes glorieuses, pas toutes aimées, tu flippes un peu (avoue), tu es paumé.

Regarde le cadavre de ton inutile carapace, il est grand temps de l’abandonner, plus que temps d’y croire et de s’abandonner.

100°C

matière grise en ébullition

100°C, c’est le point d’ébullition.

100°C c’est la température exacte de mon cerveau.

Mon cerveau bouillonne et je manque de temps. Je pourrais t’écrire des pages, cinquante articles à la minute non nuancés de Grey, lecteur ébouillanté. Mais il s’avère que comme toi, comme lui, comme elle, comme nous tous, le retour de vacances m’a plongée droit dans les corvées et tout ce qu’il y a à réaliser pour continuer d’avancer, vent debout.

Point de triangle de Bermudes à emmerdes, il faut replonger dedans tête baissée et enchaîner, à peine rentrés que nous sommes déjà tous sur les genoux à se demander si l’on en verra le bout. Pas vrai ?

Alors bien sûr, on a bonne mine, le teint hâlé mais…

J’ai mille envies, j’ai mille projets, je voudrais tout faire en même temps, être ici et là, partout et tout le temps. Et tout ce qui doit attendre parce que ce n’est pas encore le moment (patience et longueur de temps…).

Alors bien sûr, on ne va pas se plaindre ou râler, on a eu des vacances, c’est bien plus que beaucoup en France (et je ne te parle pas d’au-delà pour ne pas te miner).

Mais là, tout de suite, maintenant, ce qu’il me faudrait c’est du temps (et le don d’ubiquité). Du temps pour poser, refroidir ce cerveau qui ne demande qu’à écrire et créer, me lancer sur le prochain roman qui est déjà presque tout entier dedans.

Alors, bien sûr, je savoure ma chance d’être là, de manquer de temps, au moins je ne m’ennuie pas mais…

Je peine à me concentrer, je divague et diverge.

Tiens, même cet article je ne sais pas comment le terminer, parce que je manque de temps et parce que, dans ma tête, je suis déjà sur le suivant…

 

Vacante

Bonheur en bouteille

J’ai vu des châteaux construits pour s’allier l’univers,

J’ai vu un fils grandir plus vite en 10 jours qu’en un an,

J’ai vu de vieux livres qui sentent la poussière,

J’ai des hommes et des femmes passionnants,

J’ai vu des lacs, des montagnes et des rivières,

J’ai vu la célébration de la vie d’un enfant,

J’ai vu des kilomètres de demain et d’hier,

J’ai vu de l’amour, des amours et tant de gens.

Les vacances ont rempli tout ce qui était encore vacant…

 

La mécanique des billets

Toute ton attention

Je vais t’expliquer, lecteur, comment j’écris mes billets d’humeur (et ce faisant, je vais peut-être perdre quelques lecteurs-voyeurs parmi les scrutateurs).

Je vais te l’expliquer car je reçois parfois des messages inquiets. Tu me lis avec toute ton attention (et j’en suis ravie) et parfois tu scrutes, tu cherches à savoir ce qu’il se passe dans ma vie, tu t’inquiètes ou te réjouis.

Sache que tout ceci part d’un rien, d’une phrase, d’un mot, d’une musique ou d’une chanson, ou encore d’une bribe de conversation volée à la terrasse d’un café.

Tout ne me concerne pas, tout n’est pas en corrélation avec moi. D’ailleurs, regarde, quand je te parle de moi, je te tutoie et c’est le « je » que j’emploie. Et puis, il y a tout ce que je ne te dis pas, tout ce qui est « rien qu’à moi ».

Bien sûr, ce n’est pas si éloigné de moi, puisque c’est moi qui écris ça. C’est mon cerveau qui forme les mots, mes mains qui s’agitent sur le clavier, mes doigts qui frappent les touches. Mais ce n’est pas le reflet de mon état. Je peux écrire la tristesse quand je suis en liesse, je peux écrire la joie avec les yeux embués.

Bien sûr que cela a à voir avec moi, car d’un rien, d’une phrase, d’un mot, d’une musique ou d’une chanson, ou encore d’une bribe de conversation, viennent mes propres sensations, mes propres impressions, découle mon imagination. D’une histoire murmurée à mon oreille, d’un souvenir ramené à la vie, dérive mon inspiration.

Il y a de moi dans chaque lettre que composent mes doigts, il y a de moi dans chaque personnage de mes livres, mais il n’y a pas que ça.

Il y a des gens qui passent, il y a des riens, des mots, des musiques, des chansons et des bribes de conversation.

 

En l’air

En l’air

Ne faites pas de promesses en l’air, ne me dites pas que vous serez là, que l’on fera ceci ou cela…

Je suis comme une enfant, je vous crois, je vous espère.

Ne promettez rien dont vous ne soyez certain. Je fais des plans, pas sur la comète, seulement dans ma tête…

Ne me donnez pas d’espoirs si c’est pour les décevoir.

Ne dites rien dont vous ne soyez certain. Je préfère vous voir vous taire que de me sentir à terre.

Pesez vos mots, n’en prononcez pas un de trop.

Ne proposez rien dont vous ne soyez certain. Je préfère décliner de peur d’être blessée.

Ne me soufflez pas que cela vient de moi, je ne changerai pas.

Je continuerai de croire avec cette naïveté qui permet d’aimer.

 

Le poing sur le i

Poing d’exploitation

Maintes et maintes fois je les ai contemplées.

Les mains m’émeuvent lorsqu’elles se meuvent avec la grâce de la minutie, quoiqu’elles manient.

Les mains caressent, les mains enserrent, les mains donnent ou bien reprennent.

Les mains attachent, les mains empoignent, les mains gardent le précieux en leur creux.

Les mains fabriquent, les mains détruisent, les mains effleurent et brutalisent.

Les mains soignent, les mains se joignent.

Les mains parcourent des kilomètres, sur des corps, sur des claviers, et sur la peau font frissonner.

Les mains parlent et soulignent, elles sont les poings d’exclamation, la ponctuation offerte au son.

Les mains effleurent, les mains virevoltent, les mains dansent des balais hypnotiques.

Les mains se tendent, les mains soutiennent, les mains apprennent.

Les mains s’abiment, les mains travaillent, elles sont un poing d’exploitation.

Les mains réchauffent, les mains recueillent, les mains devinent.

Les mains tremblent, les mains trempent, les mains trahissent.

Les mains disent ce que l’on est, les mains racontent ce que l’on fait.

Les mains font, les mains défont, les mains touchent…

Les mains ME touchent.